L’être humain que nous sommes ne contrôle pas toujours tout. Et le mensonge peut faire partie de ce constat. Nous ne contrôlons pas les mensonges des autres, pas plus que, dans certains cas, nous ne contrôlons nos propres fabulations.

Pour certaines personnes, mentir de façon pathologique peut être une compulsion qui échappe à leur contrôle. Ces menteurs compulsifs n’arrivent pas à dire la vérité. Ils vont créer plusieurs mensonges les uns à la suite des autres afin de maintenir leurs différentes fictions. Leur rapport à la véracité s’avère donc profondément dérangé. Ils vivent dans un monde que nous pourrions qualifier de « chimérique », dans lequel ils vont sans cesse inventer une nouvelle illusion avec un réel déni de la réalité.

Il s’agit là d’un phénomène complexe et pathologique. Comprendre les mécanismes qui sont à l’œuvre dans ce trouble du comportement peut permettre de mieux appréhender le fonctionnement des menteurs compulsifs.

 

Les raisons profondes du mensonge compulsif

Un menteur compulsif ne ment pas forcément par plaisir mais par nécessité. Pour lui, cela peut être une condition de survie psychique. 

Mentir de manière excessive est un indicateur de blessures narcissiques extrêmes qui vient actionner un mécanisme de défense primitif. L’estime de soi est défaillante, ce qui peut donner une identité fragile que le menteur va tenter de combler par la fabrication de vérités alternatives. Il y a donc un besoin compulsif de manipuler le regard que les autres vont poser sur lui afin de chasser son ressenti d’insécurité. 

Il y a là une quête désespérée de reconnaissance d’autrui faisant suite à un dysfonctionnement dans le processus de construction et d’acceptation de soi. Il s’agit d’un conflit entre l’estime de soi et l’image idéale que l’individu souhaite donner de lui-même. Il masque sa vulnérabilité narcissique et préserve ainsi l’image grandiose de sa personne, même si, généralement, il la sait mensongère. Le mensonge compulsif est donc une stratégie de défense par laquelle le menteur protège son identité qui lui semble constamment menacée.

Cette pratique compulsive est véritablement enracinée au sein de la personne qui ment de cette façon. Elle se préserve ainsi de la honte de ce qu’elle est ou de ce qu’elle ressent d’elle-même et elle est persuadée que si quelqu’un détecte ses tromperies, cela pourrait l’anéantir. Alors, cette personne ment, le mensonge étant devenu un automatisme. Elle cherche constamment à manipuler la perception que les autres ont d’elle. C’est ainsi qu’elle se revalorise à ses propres yeux puisqu’elle ne parvient pas à s’approprier une représentation d’elle-même qui soit solide et cohérente. Finalement, l’individu ignore qui il est concrètement car son identité personnelle est en carence constante.

Les mensonges lui permettent ainsi de devenir une personne consistante et lui donne l’illusion d’exister. Ses inventions sont le fondement même de son existence. La situation d’un menteur compulsif s’avère inextricable car la seule vérité dont il se croit capable est celle de ses mensonges. 

Mais une question se pose face à ce type de comportement : ces menteurs pathologiques ont-ils conscience de mentir? Certains d’entre eux finissent par croire eux-mêmes aux histoires qu’ils racontent, la frontière entre réalité et fiction devenant de plus en plus floue… C’est ainsi que le mensonge devient un mode de vie. 

Le menteur compulsif a une personnalité scindée en deux : une partie de lui-même peut être amenée à croire réellement à ses mensonges, mais l’autre partie peut savoir que ce qu’il dit est dénué de tout fondement.

Le mensonge compulsif est un symptôme qui peut résulter de plusieurs troubles psychologiques :

  • La dépression : généralement issue d’une faible estime de soi qui pousse à mentir pour avoir une meilleure vision de sa personne
  • L’anxiété : un besoin de contrôle qui permet d’éviter les situations anxiogènes
  • La psychopathie : le mensonge sert à contrôler les autres dans un désir d’exploitation à des fins personnelles
  • La bipolarité : les personnes bipolaires peuvent mentir durant les épisodes maniaques
  • Le trouble de la personnalité narcissique : les individus pathologiquement narcissiques exagèrent ou inventent des éléments de leur vie pour promouvoir une image grandiose de leur personne

Ainsi, diverses problématiques psychologiques peuvent être un signe d’avertissement sous-jacent.

 

Construction du menteur compulsif

Le trouble du mensonge compulsif se construit généralement sur plusieurs étapes.

  • Tout peut démarrer par un apprentissage précoce du mensonge. L’enfant comprend très vite l’intérêt d’inventer des histoires pour échapper aux punitions et à toute situation qui lui semble inconfortable.

 

  • Toutefois, tous les enfants font l’expérience du mensonge car cela fait partie de leur développement. Il faudra donc différencier le mensonge « normal » du mensonge « pathologique ». Un enfant qui expérimente la tromperie, le fait généralement sans mauvaise intention. Il cherche à se valoriser, à se protéger lui-même ou à protéger quelqu’un d’autre. Puis, en grandissant, son développement moral se renforce et il différencie le mensonge de la vérité, ce qui amène une diminution de la fabulation.

 

  • Le petit menteur compulsif, lui, utilise la tromperie de manière cynique et manipulatrice afin que cela serve ses intérêts. À force de l’expérimenter, le mensonge devient la norme. Il s’enlise dans un univers de contrevérités, d’autant plus si personne n’intervient pour l’encourager à devenir plus honnête. C’est ainsi qu’il peut continuer à mentir de façon compulsive tout au long de sa vie.

 

  • En devenant adulte, le menteur pathologique gère ses relations familiales, sociales, sentimentales et professionnelles par le mensonge. Cela est devenu un réflexe.

 

  • Petit à petit, il peut perdre conscience. Il arrive fréquemment qu’il ne se rende même plus compte qu’il est en train de mentir. Cette façon d’être devient une seconde nature.

 

  • À ce stade, il est devenu totalement dépendant aux mensonges qu’il raconte. À ses yeux, il est essentiel de maintenir cette façon de faire afin de sauvegarder son estime de lui-même.

 

  • Et si les mensonges sont repérés, il sombre dans l’isolement. Les autres ne lui font plus confiance. Il peut alors décider de remplacer ses mensonges par de nouvelles fabulations. Mais si cela ne fonctionne plus, il décidera alors de disparaître de ce cercle social pour recommencer ailleurs. Même s’il a la capacité de se rendre compte des conséquences que cela engendre sur lui et sur les gens qu’il connaît, il ne peut pas s’empêcher de mentir.

 

Qui sont les victimes ?

Potentiellement, n’importe qui peut devenir la proie d’un menteur compulsif. Ayant perdu la capacité de savoir être honnête, tout individu croisant son chemin peut se retrouver face à ses affabulations. Il a généralement commencé avec les membres de sa famille, puis ses amis, ses partenaires sentimentaux, ses collègues, ses clients, ses supérieurs hiérarchiques, des inconnus mais aussi des personnes vulnérables…

Tout cela dépendra des opportunités visées par le menteur ainsi que de sa personnalité. 

De manière générale, le menteur compulsif ne cherche pas nécessairement à tromper les autres. Il souhaite plutôt s’inventer une vie auprès de son entourage afin d’échapper à une existence dont la réalité le détruit.

Habituellement, le mythomane profite de la confiance de personnes qui ont tendance à croire tout ce que l’on peut leur dire. Il peut aussi se rapprocher de celles et ceux qui sont affectivement dépendants. Ayant besoin d’une relation intense, cela peut les amener à rester avec un menteur compulsif malgré la répétition de ses mensonges.

Traiter le trouble du mensonge compulsif n’est pas aisé, dans le sens où c’est généralement l’entourage du menteur qui est à la base de la demande d’une thérapie. Or, pour que les soins thérapeutiques fonctionnent, il est nécessaire que ce soit l’individu qu’i souffre de ce trouble qui en soit le principal demandeur. S’il en vient à demander lui-même de l’aide, c’est parce que les fictions qu’il a inventées se sont retrouvées en plein dysfonctionnement. Son monde intérieur est détruit. Dans ce genre de cas, il est possible que le menteur commence une analyse de lui-même.

Un mythomane qui décide de renoncer à ses mensonges peut le faire parce que quelque chose l’a aidé à avoir une meilleure estime de lui ou encore parce que, malgré ses tromperies, certaines personnes ont pris le parti de l’aider à travers des relations sincères. Le menteur compulsif peut s’en sortir s’il a véritablement la volonté de s’affranchir de ses mensonges et d’en comprendre les causes profondes.

Vous l’avez compris, les menteurs compulsifs ont développé une sorte de réflexe face aux mensonges. Pour eux, c’est une habitude quasi automatique qui va surtout leur permettre de masquer leurs failles et leur manque de confiance en eux. Dans ce type de cas, le mensonge devient un mécanisme de défense permanent. Ils s’enferment dans de multiples tromperies qui, avec le temps, deviendront difficiles à maîtriser. Malgré cela, ils continueront à mentir pour préserver les apparences. 

Un cercle vicieux dont ils ont toutes les difficultés du monde à se libérer sans une prise de conscience réelle.

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