Sciences comportementales

Les hommes mentent-ils plus que les femmes ? Analyse des données scientifiques

6 min de lecture Par Sylvia Bréger
Les hommes mentent-ils plus que les femmes ? Analyse des données scientifiques

 

Les recherches scientifiques sur le thème du mensonge révèlent que les hommes s’estiment doués pour mentir, alors que les femmes se voient moins talentueuses dans ce domaine. La question du mensonge genré est l’une des plus débattues en psychologie sociale. Elle touche à des représentations culturelles profondément ancrées, souvent bien éloignées de ce que les données scientifiques montrent réellement.

Une chose est certaine : mentir n’est pas l’apanage d’un sexe. Ce qui varie, en revanche, c’est la raison pour laquelle nous mentons, la façon dont nous le faisons, et le contexte dans lequel le mensonge s’installe.

Tout le monde ment-il vraiment ? Ce que les études récentes montrent sur la fréquence du mensonge

La signification et la perception du mensonge varie d’un individu à l’autre. Aucun d’entre nous ne réagit pareil face à une tromperie, qu’elle soit minime ou titanesque. De la même manière que chacun utilise ses propres techniques pour mentir.

Les anciennes études ont indiqué que la plupart des gens mentaient entre une et deux fois par jour, mais les nouvelles recherches sont beaucoup plus nuancées sur ce sujet : en réalité, la plupart des gens ne mentiraient pas tous les jours. Ou alors des mensonges sans aucune conséquence, ni pour les menteurs, ni pour les personnes qui les réceptionnent.

Les personnes qui mentent beaucoup, hommes ou femmes, vont généralement utiliser la technique qui consiste à raconter un mensonge qui ne s’éloigne pas trop de la vérité. Une partie du récit reste volontairement floue. Peu d’informations, une histoire crédible entourée d’une parcelle de vérité, cela va grandement compliquer la détection du mensonge.

Les piètres menteurs avouent utiliser eux aussi la technique qui consiste à rester le plus vague possible.

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Hommes et femmes face au mensonge : même fréquence, motivations très différentes

La réponse est loin d’être aussi binaire que cela. Tout dépend du contexte, des enjeux, de l’expérience ainsi que de la personnalité du menteur et de son lien avec son interlocuteur.

Lors d’un test réalisé par le psychologue social Guy Durandin durant l’année 1955, la même question avait été posée à des femmes regroupant des lectrices d’un hebdomadaire féminin, ainsi qu’à des étudiantes et des étudiants, à savoir :

Les résultats se sont avérés assez surprenants puisque l’on y retrouve le même pourcentage de réponse dans les trois catégories. Ainsi, les lectrices, les étudiantes et les étudiants indiquaient que, selon eux, ce sont les femmes qui mentaient le plus. L’opinion générale des deux sexes se concentrait donc sur le fait que les hommes étaient moins menteurs que les femmes.

Cette étude avait été réalisée en 1955. Mais qu’en est-il bien des années après ? En 2014, le site financier CreditDonkey avait demandé aux internautes américains de répondre à un sondage afin de définir qui mentait le plus sur certains sujets. Un sondage anonyme dont les données diffèrent de la pensée collective française des années 50.

Aujourd’hui, certaines recherches expliquent que finalement, hommes et femmes mentiraient à la même fréquence, à peu de chose près.

C’est l’orientation du mensonge qui ferait toute la différence.

Ces tendances restent des moyennes statistiques : à l’échelle individuelle, les différences de personnalité ou de contexte pèsent souvent davantage que le sexe biologique.

Les hommes mentiraient davantage pour des raisons intéressées :

Les femmes seraient plus altruistes et mentiraient davantage dans les cas suivants :

Ces différences de motivation peuvent avoir des implications concrètes dans les environnements professionnels. Comprendre pourquoi un interlocuteur vous dissimule une information, qu’il cherche à se protéger ou à ménager votre ego, change radicalement la façon d’aborder la situation. C’est là que la lecture comportementale et la psychologie du mensonge deviennent des outils stratégiques réels, bien au-delà de la simple curiosité intellectuelle.

Dans le contexte professionnel, une nouvelle étude révèle que les hommes sont plus susceptibles d’être moins éthiques lorsqu’ils sont dans une situation où il y a de la concurrence. Par exemple, lors d’une négociation : face à d’autres hommes, la gente masculine se met plus facilement à mentir. Il s’agirait pour eux d’être simplement plus compétitifs face à des hommes jugés « attrayants », alors qu’il y aurait moins de mensonges face à des individus peu séduisants. Cela signifie qu’il y a davantage de mensonge face à un individu perçu inconsciemment comme une menace.

Ainsi, répondre à la grande question : « Est-ce que les hommes mentent plus que les femmes ? » reste une interrogation complexe et équivoque. D’une étude à l’autre, vous trouverez des résultats contradictoires. Tantôt les hommes sont plus menteurs que les femmes, tantôt vous y verrez l’inverse.

Encore une fois, tout dépend de la personnalité de l’individu, de son vécu, de son expérience en matière de mensonge, de son niveau d’éthique, du contexte situationnel, du lien avec l’interlocuteur, etc… À partir de là, difficile de mettre en avant un menteur plus que l’autre.

Une autre question a également tout son intérêt : par quels biais les gens, hommes/femmes confondus, préfèrent-ils mentir ?

Il s’avère que la plupart d’entre nous utilise davantage le mensonge :

Lorsque le moyen de communication est direct, sans traces écrites ni enregistrement, nous recourons plus à la tromperie.

Mais au final, restons optimistes : il semblerait que, la plupart du temps, nous communiquions davantage avec des personnes sincères plutôt qu’avec des menteurs compulsifs.

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Sources :

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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