Criminologie

Ces enfants qui ont commis des meurtres : analyse criminologique

10 min de lecture Par Sylvia Bréger
Ces enfants qui ont commis des meurtres : analyse criminologique

 

La question des enfants auteurs de meurtre est l’une des plus déstabilisantes que la criminologie ait à traiter. Elle heurte nos représentations de l’enfance, interroge nos catégories morales et force une réflexion lucide sur ce qui, dans certaines trajectoires de vie, peut conduire un être aussi jeune à l’acte le plus irréversible qui soit.

Cet article propose une analyse criminologique et psychologique rigoureuse, loin du sensationnalisme, pour comprendre les mécanismes en jeu et ce que ces situations révèlent sur la violence humaine à son stade le plus précoce.

CONFÉRENCE

Violence juvénile : comprendre et agir

Une conférence pour comprendre les mécanismes de la violence, du passage à l’acte et des trajectoires délinquantes et criminelles. Conçue pour le grand public, les professionnels de le jeunesse et les institutions.

Découvrir la conférence →

À quel âge un enfant peut-il commettre un meurtre ? Ce que montrent les données criminologiques

Malheureusement, il n’existe pas de statistiques précises sur l’âge moyen des enfants qui ont commis un meurtre. Toutefois, de plus en plus de passages à l’acte violents et criminels sont perpétrés par des jeunes de moins de 18 ans. Mais la véritable question qui hante les esprits est de savoir pourquoi des enfants commettent des meurtres ? 

Les motifs les plus courants sont la vengeance, la colère et la peur. Dans beaucoup de cas, les enfants qui ont tué ont vécu des drames familiaux et des maltraitances répétées. D’autres mineurs se sont retrouvés impliqués dans des gangs ou ont été incités à commettre des actes graves à cause de mauvaises fréquentations. Et dans le pire des cas, nous nous retrouvons face à des jeunes ne ressentant rien : ni empathie, ni culpabilité. Ils ont tué pour le frisson et l’excitation. Ces profils restent toutefois minoritaires : la grande majorité des enfants exposés à la violence, même grave, ne deviendra jamais auteur d’homicide.

Certains crimes commis par de jeunes adolescents, ont choqué les populations du monde entier :

Enfants soldats : quand la violence est imposée avant d’être choisie

Les enfants soldats occupent une catégorie à part dans la criminologie. La violence qu’ils exercent n’est pas née d’une pathologie individuelle mais d’un contexte d’endoctrinement, de survie et de terreur institutionnalisée. Comprendre leur trajectoire exige de distinguer rigoureusement entre l’acte commis et l’intention criminelle au sens juridique. Ce sont des victimes qui ont été transformées en auteurs, ce qui pose des questions fondamentales sur la notion même de responsabilité pénale.

Outre les femmes, les premières victimes sont aussi les enfants, souvent en très bas âges. D’abord spectateurs de viols et de crimes brutaux sur les membres de la famille, puis de personnes environnantes, ils sont également les cibles de ces mêmes atrocités. Puis, traumatisés, il n’est pas rare qu’ils soient emmenés contre leur gré pour combattre auprès des assaillants.

Durant la guerre au Rwanda, des jugements ont été prononcés contre des mineurs entre 14 et 18 ans, sans pour autant qu’ils soient jugés comme des adultes. La contrainte et le contexte ont bien sûr été retenus. Pour les plus jeunes, ces derniers ne pouvaient pas être poursuivis pénalement. 

Selon les âges, les enfants tuent d’autres enfants de leur communauté ou de leur fratrie. Mais au-delà des meurtres, il y a les viols, autre arme redoutable utilisée de manière automatique en temps de guerre. Des survivantes ont raconté comment elles ont été violées par des groupes d’hommes, notamment par de jeunes mineurs et à la vue d’enfants en bas âges. Les génocides entraînent cette folie qui transgresse tous les codes et toutes les normes d’une société normalement établie.

En 1995, une enquête de l’UNICEF a révélé ces chiffres qui montrent tous les actes de violence auxquels les enfants rescapés ont été confrontés :

Instrumentalisés dans des conflits d’une violence extrême, ces jeunes se reconstruisent du mieux qu’ils peuvent, mais tous devront vivre avec des séquelles définitives.

Que ressent un enfant qui tue ? Psychologie du passage à l’acte

Il est impossible de comprendre toutes les variabilités psychologiques que peut ressentir un enfant, ou même un adulte, qui tue quelqu’un. Cela dépend de nombreux paramètres, notamment si le crime en question a été prémédité ou non. Dans un tel cas, il y a un avant, un pendant et un après.

Durant « l’avant », il peut y avoir une phase de préparation pendant laquelle l’enfant ou l’adolescent part à la recherche d’informations : comment piéger sa victime, de quelle manière la tuer selon les moyens qu’il a à sa disposition, comment nettoyer la scène de crime, que faire du corps… des recherches qui peuvent se faire aujourd’hui sur internet, à travers des documentaires où la traque des tueurs est expliquée sous toutes ses coutures, ou dans des livres consacrés aux crimes.

Lors du « pendant », durant lequel de nombreux ressentis peuvent surgir. S’il y a préméditation, le tueur peut chercher à éprouver des sensations bien spécifiques, comme ce qu’il a ressenti durant la visualisation de ses fantasmes : domination, plaisir, joie, frénésie… Le déferlement de violence peut être ressenti comme l’expression d’une rage trop longtemps réprimée et vécue sur le coup comme une délivrance, que le crime soit prémédité ou pas. Et tout pourrait dépendre de son niveau de discernement au moment des faits.

Et lorsque survient « l’après », l’enfant ou l’ado peut être traversé par de nombreux sentiments et des émotions diverses. Cela dépendra de sa personnalité, de son éducation et de son vécu. Il peut finalement y avoir des remords, de la culpabilité et de la honte face au crime commis. Mais aussi de la colère envers la personne qui a donné l’envie de passer à l’acte. Si c’est une victime qui s’en prend à son bourreau, peut-être peut-elle avoir l’impression qu’elle avait le droit de le tuer et qu’ainsi, elle rend service au reste de l’humanité.

Mais il se peut aussi que l’auteur des faits n’éprouve rien de négatif. Juste un bel accomplissement. De la satisfaction et de la sérénité.

Que deviennent les enfants meurtriers ? Réhabilitation, récidive et trajectoires de vie

La question de la trajectoire post-homicide est centrale en criminologie. Elle nous oblige à sortir du récit figé de « l’enfant monstre » pour examiner ce que les données longitudinales montrent réellement. Le taux de récidive chez les mineurs condamnés pour homicide est significativement plus bas que l’imaginaire collectif ne le suppose, et de nombreux cas documentés montrent des réinsertions stables à l’âge adulte, sous conditions de prise en charge adaptée.

Selon la gravité des actes, ils sont emprisonnés pour plusieurs années. Pour ceux dont les crimes ont été relayés dans les médias, un changement d’identité s’effectue après leur libération :

En France, toujours en fonction de la gravité des actes, les mineurs peuvent purger leur peine dans différents établissements :

1/ les quartiers pour mineurs dans les maisons d’arrêt. Séparés des prisonniers adultes,  les jeunes criminels continuent les cours ou autres formations professionnelles jusqu’à 16 ans. Ils sont adaptés pour les jeunes délinquants en attente d’un procès.

2/ les EPM (Établissements Pénitentiaires pour Mineurs). Pour les mineurs âgés de 13 à 18 ans, si leur jugement n’est pas définitif ou en attente de procès. Ici, c’est la poursuite de l’éducation, encadrée par des éducateurs spécialisés et des membres de l’administration pénitentiaire. 

3/ les centres éducatifs fermés. C’est une alternative à la prison. Ces centres peuvent accueillir un petit nombre de délinquants récidivistes mais également de jeunes criminels (entre 8 et 12) dès l’âge de 13 ans. Les détenus peuvent aller et venir à leur guise au sein du centre.

ENTRETIEN STRATÉGIQUE

Vous travaillez sur des problématiques de violence, de comportement ou de gestion du risque ?

Un entretien stratégique pour analyser une situation complexe, identifier des signaux faibles ou préparer une décision difficile avec un regard criminologique expert.

Prendre contact →

Les traumatismes de l’enfance peuvent amener certains jeunes à commettre l’irréparable. Soit parce qu’ils ont décidé de se venger, ou parce qu’ils ne veulent plus vivre dans la peur constante. D’autres développent des troubles de la personnalité parce qu’ils ont vécu de graves bouleversements, mais cela n’est pas toujours le cas. Des jeunes peuvent être diagnostiqués avec un trouble de la personnalité antisociale, sans avoir eu un quelconque traumatisme.

Alors même si beaucoup de gens supposent encore que les enfants qui naissent dans une famille violente sont destinés à devenir eux-mêmes violents, il convient de relativiser. 

Certes, cela arrive, mais beaucoup d’entre eux deviennent des adultes responsables et respectueux des lois, sans sombrer dans le même schéma que leur famille dysfonctionnelle et encore moins dans le crime.

Ainsi, parler des enfants qui ont commis des meurtres, c’est accepter de regarder en face une réalité que nos sociétés préfèrent souvent ignorer ou réduire à la monstruosité.

La criminologie nous invite à une lecture plus exigeante : celle qui tient ensemble la gravité de l’acte, la complexité du sujet, et la nécessité d’une réponse judiciaire et sociale à la hauteur. Ce n’est pas banaliser que de comprendre. C’est précisément ce que rend possible une approche scientifique rigoureuse.

—-

SOURCES :

Vous avez apprécié cet article ? Partagez-le avec votre réseau

colère crimes délinquance drame familial éducation empathie emprisonnement de mineurs enfants criminels enfants soldats Enfants tueurs EPM famille gangs guerre maison d’arrêt maladie mentale meurtres mineurs pénitenciers préméditation prison psychologie responsabilité traumatismes troubles de la personnalité UNICEF vengeance victimes violence
Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

Vous souhaitez une intervention ?

Conférences, formations et entretiens stratégiques adaptés à vos enjeux.

Demander une intervention →