Peut-on faire confiance à nos premières impressions ? Elles se présentent à nous à chaque nouvelle rencontre et permettent d’évaluer la personnalité de nos interlocuteurs. Reste à savoir si nous pouvons nous fier à elles.
La recherche sur les premières impressions est l’un des champs les plus actifs de la psychologie sociale. Elle touche à des questions très concrètes : dans quelle mesure notre cerveau est-il fiable lorsqu’il évalue quelqu’un en quelques secondes ? Quand peut-on lui faire confiance, et quand est-il temps de suspendre son jugement ?
Les réponses sont plus nuancées que nous le pensons et elles varient selon le contexte, les enjeux, et surtout selon la personne que nous observons.
Premières impressions et contexte : dans quelles situations peut-on vraiment s’y fier ?
Notre cerveau analyse des informations de manière constante et nous transfère ses données en temps réel. Lorsque nous entrons en contact avec les gens, nous évaluons leur personnalité afin de définir la qualité du relationnel et mieux comprendre leurs intentions.
Situations à forts enjeux : pourquoi notre jugement devient moins fiable sous pression
Certaines recherches ont établi que nos impressions sont généralement précises lors de rencontres et de discussions où les enjeux sont faibles. Mais ces mêmes impressions seraient moins crédibles lorsque nous sommes dans des situations à forts enjeux personnels ou professionnels.
Des chercheurs ont réuni 372 participants. Chacun a dû remplir un questionnaire en détaillant sa propre personnalité, doublé d’un descriptif venant d’un ami proche ou d’un membre de la famille.
Les participants, qui ne se connaissaient pas, ont eu un échange de 3 minutes entre eux. Après chaque rencontre, ils ont évalué la personnalité des uns et des autres.
Les résultats ont montré qu’une partie des participants s’est montrée précise dans son évaluation. L’autre tranche des participants s’est retrouvée en difficulté pour analyser certains individus.
Toutefois, ces résultats restent des moyennes : certaines personnes se trompent souvent, d’autres moins, et la qualité des premières impressions dépend aussi de l’expérience d’observation et du type de traits évalués.
Pourquoi certaines personnes sont-elles plus difficiles à lire que d’autres ?
Les participants qui ont eu des difficultés d’analyse ont expliqué que certaines personnes étaient plus faciles à lire que d’autres. Même lors d’une interaction très rapide, les interlocuteurs qui ont une bonne estime d’eux-mêmes, en confiance et qui sont satisfaits de leur vie, s’avèrent être perçus avec beaucoup plus de facilité.
Les personnes qui brouillent volontairement les pistes : camouflage, dissimulation, manipulation
Ainsi, lorsque nous sommes plus en harmonie avec nous-mêmes, nous serions alors plus faciles à lire car plus authentiques dans notre manière d’être. Mais d’autres personnes peuvent être complexes à définir pour certaines raisons :
- elles ne souhaitent pas être « lues » comme un livre ouvert
- elles ont appris à se « camoufler » pour se protéger
- pour désorienter leurs interlocuteurs
- pour cacher leurs véritables motivations
- les personnes autistes peuvent être difficiles à lire, tout comme les personnes ayant un trouble de la personnalité, non pas parce qu’elles seraient forcément mal intentionnées, mais parce que leurs codes comportementaux ou émotionnels diffèrent des attentes habituelles.
Cette capacité à se rendre opaque est d’ailleurs l’un des marqueurs comportementaux que les spécialistes de la lecture des personnalités apprennent à identifier. Un interlocuteur qui contrôle trop soigneusement ses signaux non verbaux envoie lui-même un signal. L’absence d’information est, en soi, une information.
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La persistance des premières impressions : pourquoi elles durent et comment les dépasser
Et surtout tenaces ! Elles peuvent perdurer durant des mois même en présence de preuves contradictoires et ce jugement sur l’autre peut impacter la relation.
Sur quoi reposent réellement nos premières impressions ?
Beaucoup cherchent à savoir sur quoi se base ces premières impressions. Cela varie selon les individus. Nous pouvons aussi bien être influencés par le physique, les habits, l’habitation, l’odeur, la voix, les expressions faciales, le langage non verbal…
Notons également que lors d’un premier échange avec quelqu’un, nous n’avons encore créé aucun lien. Certains spécialistes du comportement pensent que cela pourrait renforcer la précision de nos premières impressions. Un concept qui pourrait s’avérer plus difficile lorsqu’une connexion vient s’établir au fil du temps. La perception de l’autre pourrait s’avérer inexacte en raison des sentiments qui émergent en faisant connaissance avec l’interlocuteur.
Mais de manière générale, il apparaît que même si nos premières impressions semblent très précises dans certains contextes, n’oublions pas qu’elles peuvent aussi être erronées. D’où l’intérêt de rester vigilants face à ce que nous ressentons. Prenons un exemple qui revient souvent : beaucoup parmi nous disent se concentrer sur les visages des gens qu’ils croisent. Ce même visage peut nous induire en erreur, volontairement ou pas. D’autant plus que d’une situation à l’autre, un visage change et, tout comme notre corps, il évolue avec le temps. Il ne peut donc être à lui seul une source d’informations unique dans l’analyse du caractère d’une personne.
Ayons toujours conscience que nous évaluons les autres sur une base fondée sur des impressions. C’est pourquoi les professionnels formés à la lecture comportementale ne s’appuient jamais sur un seul indice. Ils construisent leur analyse sur un faisceau de signaux convergents, croisés dans le temps et dans différents contextes. C’est cette méthode qui permet de dépasser les biais de la première impression tout en en conservant la valeur intuitive.
Et je conclurai par une autre petite vigilance sur les premières impressions, cette fois dans le monde numérique : les erreurs d’interprétation y sont plus nombreuses que dans la vie réelle. Une photo ne raconte pas tout, surtout à l’ère de la manipulation de l’image via l’intelligence artificielle.
- Source : Journal of Research in Personality, 2020
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