La science continue ses recherches dans sa compréhension du trouble de la psychopathie. Les bases comportementales du psychopathe, qu’il soit criminel ou non, sont généralement décrites à travers la froideur, la cruauté et l’insensibilité. Il est d’ailleurs souvent qu’il est difficile à prendre en charge sur le plan thérapeutique. De plus, il serait peu accessible aux soins. La psychopathie est l’un des troubles de la personnalité les plus documentés, et pourtant les représentations collectives restent souvent figées.
Le psychopathe froid, calculateur, totalement dépourvu d’affect est une image qui circule largement, mais que la recherche scientifique récente commence à nuancer sérieusement. La réalité est plus complexe, et cette complexité a des implications concrètes, aussi bien pour la compréhension du trouble que pour les approches thérapeutiques.
Ainsi, reste à déterminer si tous les psychopathes sont si hermétiques que cela face aux émotions…
Psychopathes et émotions : ce que les recherches récentes remettent en question
Tous les écrits sur les psychopathes mettent en avant leur déficit émotionnel. Même s’ils sont capables d’exprimer et d’imiter des émotions, que ce soit au niveau du ton de la voix et des expressions faciales, ils peuvent en comprendre le sens de manière plus froide ou instrumentale, sans en partager la résonance affective habituelle. Mais pour eux, c’est aussi une façon de se noyer dans la masse en montrant aux autres qu’ils sont socialement adaptés. Toutefois, des recherches récentes ne confirment pas le fait que tous les psychopathes souffrent d’un déficit total, tant au niveau de l’affect que des émotions.
Le déficit émotionnel du psychopathe : une réalité plus nuancée
Il semble que dans une certaine mesure, les psychopathes ont la capacité de ressentir des émotions spécifiques mais qu’ils décident de les maîtriser. Ainsi, les recherches de l’Université du Vermont penchent vers une carence qui s’oriente davantage en direction de certaines émotions, mais pas toutes. Et cette défaillance émotionnelle se dirigerait vers des émotions négatives plutôt que positives. Par exemple, le ressenti de la peur et de la culpabilité, est une gestion manquante ou déficitaire chez les psychopathes. Les chercheurs ont avancé deux raisons principales pour expliquer cette carence, notamment celle de la peur:
- le psychopathe évalue mal la menace. La mesure du danger étant insuffisante ou inexistante, la peur n’est pas actionnée
- le psychopathe a un objectif à atteindre. Toute sa concentration se pose sur la « récompense » qu’il souhaite obtenir. Même si cela comporte des risques, il semblerait que son attention ne soit posée que sur l’aspect positif que la situation va lui apporter. La peur n’en fait donc pas partie
Ce que ces deux mécanismes ont en commun, c’est qu’ils révèlent un dysfonctionnement dans le traitement de l’information émotionnelle plutôt qu’une absence totale d’émotions. Ce n’est pas la même chose. Et cette distinction, en apparence subtile, change profondément la façon dont nous pouvons envisager la compréhension et la prise en charge des personnalités psychopathiques.
Les raisonnements scientifiques, même s’ils ne sont pas toujours concordants sur le sujet, semblent s’éloigner de la pensée collective déclarant que tous les psychopathes vivent avec un vide émotionnel abyssal. Il nous faut également prendre en compte le niveau de psychopathie d’un individu qui s’étire de « léger » à « sévère ». Les réactions et les actions ne sont pas les mêmes d’un cas à l’autre.
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Psychopathie secondaire : quand l’émotion est réprimée plutôt qu’absente
Une autre étude a révélé que certains jeunes, âgés de 11 à 17 ans, éprouvaient de profondes émotions alors qu’ils présentaient des troubles antisociaux graves pouvant évoluer vers une psychopathie une fois adultes. L’absence de manifestation de leur émotivité viendrait du fait que cette catégorie d’adolescents délinquants se ferme face à leur ressenti émotionnel. Une sorte de défense qui leur permettrait de garder le contrôle afin de se protéger des problèmes de leur existence.
Vers de nouvelles pistes thérapeutiques pour la psychopathie secondaire
Les tests passés par ces mêmes jeunes ont permis d’identifier un niveau d’anxiété très élevé mais également un risque de dépression accru. Ce sous-groupe d’antisociaux semble donc avoir une réelle accessibilité aux émotions, même si elles sont réprimées. L’intérêt pour ce panel de patients c’est que cette découverte pourrait apporter un meilleur espoir thérapeutique.
Ces jeunes ont été diagnostiqués « antisociaux » à cause de leurs actes et de leurs évaluations psychologiques qui ont montré de l’hostilité, de l’agressivité et de la violence. Pour autant, certains d’entre eux ne sont pas exemptés d’émotions négatives et y seraient même très sensibles. Des études scientifiques plus récentes se sont également intéressées aux psychopathes adultes. Ces dernières révèlent que plusieurs d’entre eux ressentent aussi cette détresse émotionnelle.
Au niveau des soins, cette psychopathie secondaire pourrait être traitée différemment de ce qui est habituellement proposé tout en apportant un soutien approprié à celles et ceux qui se trouvent dans cette catégorie.
Encore une fois, le cerveau humain nous montre qu’il faut regarder toujours plus loin que ce que l’on croit être acquis.
Ces avancées scientifiques nous rappellent qu’en matière de psychologie clinique et de criminologie, les certitudes sont toujours provisoires. Les catégories que nous utilisons pour décrire les troubles de la personnalité sont des outils de travail, pas des vérités immuables.
Comprendre la psychopathie dans toute sa diversité, c’est précisément ce qui permet de mieux identifier les profils à risque, d’affiner les analyses comportementales et, dans certains cas, d’ouvrir des voies thérapeutiques là où on ne les attendait pas.
Ainsi, ces résultats doivent encore être consolidés, mais ils ouvrent des pistes intéressantes pour distinguer des profils où l’émotion est absente de ceux où elle est surtout réprimée.
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- Sources : Pham TH, Ducro C, Luminet O. « Psychopathy, alexithymia and emotional intelligence » in a forensic hospital. Int J Forensic Ment Health – Université du Vermont, publié dans « Journal of Abnormal Child Psychology »
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