Sciences comportementales

Les limites de l’empathie : manque et absence d’empathie dans les relations humaines

8 min de lecture Par Sylvia Bréger
Les limites de l’empathie : manque et absence d’empathie dans les relations humaines

 

Éprouver de l’empathie est un élément clé dans les relations humaines. Celle-ci nous aide à nous mettre à la place des autres ainsi qu’à comprendre leurs émotions et leur point de vue. Une sorte de branchement aux gens qui nous entourent et qui va nous permettre de réagir de manière appropriée. Cependant, certaines personnes peuvent manquer d’empathie et ne pas être en mesure de se connecter émotionnellement aux autres. 

Les facteurs qui peuvent limiter l’empathie

Tout d’abord, il convient de savoir qu’il existe plusieurs types d’empathies qui utilisent des caractéristiques et des fonctions différentes :

C’est notre capacité à ressentir les émotions des autres. Ce qu’une personne ressent émotionnellement peut avoir un impact sur notre propre état émotionnel. Voir quelqu’un de triste peut aussi nous amener à éprouver de la peine.

Une autre grande capacité, mais cette fois pour se mettre à la place de l’autre afin de comprendre son point de vue et reconnaître ses émotions. Pour autant, même si nous cernons ce qui affecte le comportement et les sentiments des autres, cela ne veut pas dire que nous éprouvons cette détresse émotionnelle.

Cette empathie serait la combinaison de l’empathie émotionnelle et de l’empathie cognitive. À elles deux, elles entraînent une compassion qui va nous amener à vouloir aider les autres. Le côté « cognitif » bloque moins nos actions car nous ne sommes pas freinés par un « trop plein » émotionnel. L’empathie compatissante rationalise un peu plus notre ressenti.

Ce type d’empathie implique une réaction physique qui s’active face à la détresse de notre interlocuteur. Cela peut déclencher des maux de ventre, d’estomac ou de tête si le ressenti émotionnel est trop important. Ce que l’autre éprouve, la personne empathique l’éprouve physiquement.

Chacun d’entre nous a un niveau empathique différent. Certains peuvent être dotés d’une empathie cognitive plus forte que l’empathie émotionnelle, ou inversement. Une empathie émotionnelle plus élevée permet de se sentir triste pour quelqu’un, tout en se disant parfois que sa réaction peut sembler disproportionnée au niveau de ses émotions. C’est parce que la compréhension de la situation du point de vue de celui qui souffre, n’est pas clairement saisi. Tout simplement parce que l’empathie cognitive est moins forte que l’empathie émotionnelle.

L’empathie se manifeste donc sur un continuum. C’est une sorte de variation. Elle s’étire sur une ligne qui va de « faiblement » à « fortement » empathique. Cela est en partie génétique, en comptant les facteurs hormonaux pour les femmes, l’apprentissage social, sans oublier l’éducation qui est indispensable dans le développement du quotient empathique.

Notre empathie est fluctuante et varie d’un contexte à l’autre : nous pouvons en avoir beaucoup ou en éprouver très peu. Néanmoins, certaines personnes peuvent aussi pâtir d’un niveau empathique très faible. Cela peut entraîner un comportement qui peut affecter l’entourage personnel et professionnel.

Dans un contexte professionnel, ce déficit empathique prend une dimension particulière. Un manager dépourvu d’intelligence émotionnelle, incapable de lire les signaux de détresse dans son équipe, peut générer à lui seul un climat toxique durable. Leadership empathique et management bienveillant ne sont pas des options : ce sont des conditions de performance.

Voici les raisons principales qui expliquent ce manque :

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les individus ayant un trouble de la personnalité antisociale, ainsi que les psychopathes et les sociopathes, ne sont pas totalement démunis d’empathie. Ils peuvent en éprouver mais ils manquent de motivation pour la ressentir ou préfèrent ne pas s’embarrasser avec ce type de détail émotionnel.

Concernant les autistes, ils éprouvent des difficultés avec l’empathie cognitive. Ils ont du mal à comprendre le point de vue des autres. Leur empathie émotionnelle peut se développer mais ils ont du mal à comprendre et à exprimer ce qu’ils perçoivent ou ce qu’ils ressentent. Ils peuvent donc lire la douleur de l’autre, mais sans comprendre la portée de l’émotion qu’ils visualisent. Pour leur propre état émotionnel, ils ont du mal à contrôler leurs réactions. Ils vont donc activer les régions du cerveau qui servent à maîtriser les émotions. C’est une façon de se protéger pour ne pas souffrir de leur émotivité.

Mais aussi : 

D’autres personnes peuvent également avoir une empathie cognitive plus intense que l’empathie émotionnelle, ce qui peut donner une certaine froideur dans les rapports relationnels. 

Les signes d’un déficit empathique dans les relations personnelles et professionnelles

Selon la cause qui la caractérise, une personne qui a une faiblesse empathique n’est pas seulement froide ou insensible. Elle peut également avoir un manque de compréhension des sentiments ou des pensées de ses interlocuteurs. Une telle insuffisance empathique va lui compliquer ses relations avec les autres car elle aura parfois du mal à lire les émotions d’autrui, à les nommer et à les interpréter.

Dans bien des cas, elle peut considérer que son entourage éprouve des émotions qui sont irrationnelles, voire exagérées. Ainsi, elle aura bien du mal à apporter un soutien approprié à ceux qui en ont besoin. Une telle froideur apparente chez quelqu’un peut entraîner son rejet, des critiques ou de la crainte vis-à-vis d’elle.

Voici les signaux qui peuvent indiquer un problème empathique :

Notons que le fait de ressentir de l’empathie dépend de plusieurs facteurs : du lien avec la personne, les sentiments éprouvés pour elle, le contexte, et l’état psychologique, physique et émotionnel dans lequel nous nous trouvons.

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Développer son intelligence émotionnelle : comment renforcer l’empathie au quotidien

Dans bien des cas, il est possible de développer cette compétence. Il convient d’abord d’avoir conscience de l’environnement dans lequel nous évoluons tout en observant les gens qui nous entourent. Il faut volontairement se demander ce que nous ferions si nous étions dans la même situation qu’une personne qui souffre.

La façon de parler en dit long sur ce que les autres ressentent. Renforcer l’empathie passe par cette notion d’écoute active, par le son, le rythme de la voix, les silences, mais aussi par les expressions d’un visage et les mouvements corporels. Si reconnaître les émotions s’avère trop compliqué, il existe des formations en ligne qui permettent de travailler sur la lecture émotionnelle.

En entreprise, cela passe aussi par l’observation fine du langage non verbal : les expressions du visage, la posture, le ton de la voix. Ces signaux comportementaux sont souvent plus révélateurs des émotions réelles que les mots. Les neurones miroirs, ce système cérébral qui nous permet de ressentir ce que l’autre vit, s’activent précisément à travers cette attention à l’autre.

Parfois, le manque d’empathie ne peut être qu’une simple protection pour ne pas se sentir vulnérable. Il faut donc accepter de ressentir nos propres émotions, les comprendre et parfois même les canaliser afin de mieux cerner et mieux éprouver l’état émotionnel de notre entourage.

Toutefois, si cette problématique est réellement profonde et entraîne de vraies difficultés dans la communication quotidienne, il ne faut pas hésiter à se faire aider par un professionnel. Avec lui, il sera possible d’explorer les causes réelles de cette défaillance empathique tout en travaillant sur des approches humaines qui permettront de mieux comprendre les émotions des personnes environnantes.

En conclusion, le manque d’empathie peut avoir des conséquences néfastes sur les relations interpersonnelles et sur la société dans son ensemble. Nous devons prendre conscience de cela et travailler davantage sur notre capacité à se mettre à la place des autres afin de construire des relations saines et solidaires.

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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