Criminologie

Tueurs en série hommes et femmes : ce que la criminologie révèle sur leurs différences

6 min de lecture Par Sylvia Bréger
Tueurs en série hommes et femmes : ce que la criminologie révèle sur leurs différences

Les hommes et les femmes ont, généralement, des manières différentes de tuer leurs victimes. La recherche s’intéresse de près à cette spécificité du crime, notamment au niveau des tueurs en série. 

La criminologie s’est longtemps concentrée sur le profil masculin du crime violent, en partie parce que les hommes en représentent la grande majorité. Mais l’étude des comportements criminels féminins apporte un éclairage indispensable sur la diversité des passages à l’acte.

Les femmes tuent moins souvent, mais leurs modes opératoires, leurs motivations et leurs choix de victimes obéissent à une logique propre, documentée par la recherche et aux implications concrètes pour les enquêtes criminelles.

Tueurs en série hommes et femmes : victimes, méthodes et motivations comparées

Dans l’histoire du crime, il apparaît que les tueurs en série masculins ont plutôt tendance à « chasser » des victimes qu’ils ne connaissent pas, alors que les tueuses en série se concentrent davantage sur des victimes qu’elles connaissent, ne serait-ce qu’un peu. Les crimes en série étant plutôt rares, nous avons peu de statistiques différentiels « hommes-femmes » dans la façon de tuer.

Victimes connues ou inconnues : une distinction fondamentale entre tueurs masculins et féminins

Une étude américaine s’est cependant penchée sur le sujet. Les chercheurs ont travaillé sur des médias de masse relatant des affaires criminelles. Ils en ont sorti des données qui se sont axées sur 55 tueurs en série féminins et 55 tueurs en série masculins. Ce type de méthodologie, fondée sur les affaires médiatisées, ne reflète pas nécessairement l’ensemble des cas, mais il permet de dégager des tendances intéressantes.

Les résultats indiquent les faits suivants :

Cette étude a également révélé que ces femmes criminelles étaient plus instruites que les hommes et venaient d’un milieu social plus élevé.

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En matière de criminalité, les tueurs masculins ont un taux d’arrestation plus élevé que celui des femmes tueuses. Et même s’il est rapporté que le pourcentage des arrestations des femmes est en nette hausse depuis plusieurs années, il s’agit surtout de délits mineurs. Les données suggèrent que, parmi les tueurs en série, les femmes seraient davantage motivées par le gain financier, tandis que les criminels masculins seraient plus souvent animés par la prédation sexuelle et la domination. Il s’agit de tendances statistiques, pas de règles absolues. Dans l’esprit de la femme qui tue, il y a très souvent des « justifications » plus larges que l’appât du gain : vengeance, colère, recherche d’attention, pouvoir, traumatisme…

Dans l’ensemble, les hommes commettent des crimes plus violents et se montrent plus agressifs que leurs homologues féminins. Cette différence s’explique en partie par des facteurs physiques, mais aussi par des rôles sociaux, des opportunités criminelles et des scénarios de passage à l’acte différents.

Étant physiquement plus forts que les femmes, les tueurs masculins peuvent laisser derrière eux des scènes de crime plus brutales, avec des blessures graves sur les corps des victimes. À l’inverse, les tueuses se montrent plus discrètes qu’eux : elles préfèrent utiliser l’empoisonnement, la noyade ou la suffocation.

Les tueurs en série ont plutôt recours aux armes qu’ils manient pour tirer, poignarder, matraquer, mais peuvent tout aussi bien se servir de leurs mains pour étrangler ou frapper jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Crimes commis en duo mixte : dynamiques de pouvoir et profils des tueuses en binôme

De manière générale, les tueurs en série agissent seuls. Mais certaines histoires criminelles relatent des homicides commis en binôme, le plus souvent des duos de tueurs masculins. Toutefois, des couples mixtes ont également défrayé la chronique. Dans ce genre de cas, c’est fréquemment l’homme qui domine et orchestre la situation. La femme accompagne, surveille, peut servir d’appât et participe passivement ou activement aux crimes [Lire ou relire : Ces femmes qui aiment les tueurs en série]

Les tueuses solitaires sont vigilantes, plutôt méthodiques et d’un certain âge. Tandis que les tueuses qui agissent avec un binôme sont généralement plus jeunes, bien plus dispersées que les tueuses solitaires et sont habituellement plus violentes. Leurs passages à l’acte criminels peuvent aussi avoir une nature plus imprécise et spontanée. Elles suivent le partenaire qui peut être un homme, une autre femme ou un membre de leur famille. Certaines d’entre elles peuvent également souffrir d’un trouble psychiatrique.

Cinq catégories de femmes tueuses et leurs profils criminologiques

Pour mieux comprendre la criminalité féminine grave, les criminologues ont développé des typologies permettant de classer les tueuses selon leurs motivations et le profil de leurs victimes. Ces catégories ne sont pas des cases étanches, mais elles permettent d’orienter l’analyse et d’identifier des schémas comportementaux récurrents qui facilitent le travail d’enquête.

Mais les tueuses en série étant plus discrètes que les tueurs masculins, il faut plus de temps pour les arrêter. Une fois qu’elles le sont, il apparaît qu’une fois libres, elles récidivent beaucoup moins que les hommes.

Ce que ces données nous apprennent, c’est que le crime violent n’a pas de genre unique. Il a des logiques, des contextes et des trajectoires qui varient selon l’individu, son histoire, ses relations et ses objectifs.

La criminologie n’est pas là pour dresser des portraits-robots figés, mais pour affiner la lecture des comportements et des situations, là où les apparences peuvent, parfois, être trompeuses.

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*Étude : Marissa A. Harrison, Susan M. Hughes et Adam Jordan Gott : « Sex differences in serial killers »

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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