Criminologie

Psychopathie féminine : comment fonctionnent les femmes psychopathes

7 min de lecture Par Sylvia Bréger
Psychopathie féminine : comment fonctionnent les femmes psychopathes

Le terme « psychopathe » évoque presque systématiquement une figure masculine. Il est vrai que de très nombreux exemples cités dans les dossiers criminels, la littérature clinique et les médias concernent principalement des tueurs masculins. Mais cette surreprésentation masculine crée un angle mort dangereux.

Les femmes psychopathes existent. Elles sont simplement moins visibles, parce que leurs comportements empruntent d’autres canaux.

Le psychopathe, qu’il soit homme ou femme, n’est pas toujours un criminel violent. Il existe des profils performants, non criminels, qui ne finissent jamais en prison et dont les dégâts sont pourtant considérables sur l’entourage.

C’est sur ces profils, et sur les spécificités de la psychopathie féminine, que cet article se concentre.

La psychopathie féminine : un trouble sous-estimé et mal détecté

La psychopathie n’est pas aussi simple à détecter que certains médias le suggèrent. Le trouble est graduel, multidimensionnel, et peut prendre des formes très différentes selon les individus et les contextes. La personne concernée peut elle-même ignorer longtemps qu’elle présente ces traits.

Aux États-Unis, 17% des femmes incarcérées répondraient aux critères de la psychopathie. Les hommes psychopathes seraient de 30%. Selon certaines études, les chiffres exacts varient selon les échantillons et les critères utilisés.

Ce trouble de la personnalité peut se manifester différemment chez un homme et chez une femme. Chez les psychopathes violents, la maltraitance animale peut être un début de détection. Cette violence peut aussi évoluer vers les humains. Chez les psychopathes « performants » non violents, la manipulation quotidienne et le charme superficiel sont généralement les bases de la psychopathie masculine. Mais ils n’ont pas la même violence que les psychopathes criminels. Cette dernière peut être davantage centrée sur des excès de colère lorsqu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent. La violence est donc plutôt « verbale », même s’ils peuvent casser des choses pour être encore plus théâtrales ou bien pour impressionner leurs interlocuteurs.

Et c’est justement parce que cette violence est moins visible chez les psychopathes performants, qu’elle est aussi beaucoup moins détectée chez les femmes.

Psychopathie masculine et féminine : les différences comportementales

Les deux troubles partagent le même socle clinique, mais s’expriment de façon significativement différente. Deux traits méritent d’être distingués avec précision.

Ce trouble de la personnalité amène les hommes psychopathes à se sentir supérieurs aux autres. Le narcissisme à haute dose est l’un des points qui caractérise ces individus et ils s’en vantent facilement devant tout le monde. Mais ces tendances narcissiques peuvent être moins visibles chez les femmes. C’est intérieurement qu’elles s’estiment au-dessus des autres. Souvent, elles ne dévoilent rien en public, mais elles n’en pensent pas moins…

L’agressivité : comportementale chez l’homme, relationnelle chez la femme

Les hommes psychopathes ont une agressivité comportementale qui peut mener à des conduites menaçantes, violentes ou criminelles. C’est en grande partie pourquoi ils sont surreprésentés dans les statistiques carcérales.

Les femmes fonctionnent différemment : leur agressivité peut être davantage « relationnelle » ! Elles manipulent l’autre doucement, l’amenant progressivement à douter de lui-même. Elles peuvent aussi malmener la réputation des gens, discrètement. Elles jouent sur la sensibilité et les sentiments de leurs proies. Et si les gens ne vont pas dans leur sens, elles menacent de se faire du mal.

Cette forme d’agressivité est plus difficile à objectiver, plus difficile à nommer, et il est donc plus difficile de s’en protéger. Elle n’est pas moins destructrice, au contraire. Les dégâts sont souvent plus profonds précisément parce qu’ils sont diffus et progressifs.

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Ce que la neurologie montre sur le cerveau psychopathe

Pour commencer, la psychopathie doit être évaluée par un professionnel. Car identifier ce trouble nécessite des tests spécifiques. Et nous l’avons vu : les psychopathes, hommes ou femmes, ne sont pas tous des tueurs déchaînés, mais souvent, ce sont des individus performants, non criminels ! Ces derniers ne tuent personne. En revanche, ils bousillent des vies émotionnellement et psychologiquement. Ils nuisent aux autres de façon très progressive.

Mais si vous pensez avoir auprès de vous une personne qui répond aux critères de la psychopathie, vous ne pourrez malheureusement rien faire pour changer son attitude vis-à-vis de vous.

Les personnes psychopathes ne font pas le choix de l’être. Leur cerveau traite les émotions et les comportements de façon structurellement différente. Le psychopathe perçoit la souffrance des autres et la souffrance en général de façon froide et distante. Ce n’est pas un choix moral : c’est une réalité neurologique.

L’imagerie cérébrale le confirme de façon répétée. Lors des tests neurologiques, quand un individu psychopathe visualise des images douloureuses ou difficiles, l’IRM montre une activité réduite dans l’amygdale, cette zone cérébrale qui traite les émotions et déclenche les réponses empathiques. Le manque d’empathie n’est pas une posture ni une attitude. C’est un fonctionnement cérébral.

Cette réalité neurologique s’applique aux deux sexes. Ce qui varie entre hommes et femmes psychopathes, c’est l’expression comportementale de ce fonctionnement, pas le fonctionnement lui-même.

Comment se protéger d’une femme psychopathe : ce que la criminologie recommande

La première précision indispensable : la psychopathie doit être évaluée par un professionnel de la santé mentale. Identifier ce trouble de façon certaine nécessite des tests spécifiques. Du côté de l’observation comportementale, cela permet de repérer des signaux d’alerte qui justifient une vigilance accrue, mais pas d’établir un diagnostic.

Si vous pensez avoir auprès de vous une personne qui répond aux critères de la psychopathie, la réalité clinique est difficile à entendre : vous ne pourrez pas changer son attitude. Le psychopathe ne change pas parce qu’il n’en ressent pas le besoin. Il ne perçoit pas ses comportements comme un problème. Toute tentative de « le raisonner » sera perçue comme une opportunité d’affiner sa manipulation.

Ce qui fonctionne, dans les faits, repose sur quelques principes comportementaux clairs.

Et si tout ce que vous avez essayé de faire ne fonctionne pas, alors faites la seule chose qu’il reste à faire : fuyez !

Ce que la psychopathie féminine révèle sur nos angles morts collectifs

La sous-détection de la psychopathie féminine n’est pas un accident. Elle est le reflet de biais profondément ancrés sur ce qu’est la dangerosité, qui peut en être porteur, et sous quelles formes elle se manifeste. Tant que nous associons automatiquement psychopathie et violence physique masculine, nous restons aveugles aux formes plus discrètes que peut prendre ce trouble.

Dans un contexte professionnel, le profil d’une femme psychopathe performante peut causer autant de dégâts organisationnels et humains que son équivalent masculin, avec une détection encore plus tardive. Les équipes impactées, la créativité éteinte, le turn-over inexpliqué : ce sont les mêmes signaux, pour les mêmes raisons.

La lecture comportementale ne fait pas de distinctions de genre. Elle observe les patterns, les incohérences, les signaux faibles, qu’ils émanent d’un homme ou d’une femme. C’est ce niveau d’observation que je transmets dans mes interventions, précisément parce que les outils habituels ne suffisent pas toujours.

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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