Criminologie

Pourquoi les tueurs en série commencent par les animaux ?

7 min de lecture Par Sylvia Bréger
Pourquoi les tueurs en série commencent par les animaux ?

Pour un nombre significatif de tueurs en série, un point commun précède le passage à l’acte sur des êtres humains : la maltraitance animale, souvent commencée dès leur plus jeune âge.

Ce constat, documenté dans la littérature criminologique, soulève une question que beaucoup posent et à laquelle les réponses sont plus nuancées que nous ne le croyons : celui qui blesse ou tue un animal va-t-il nécessairement commettre le même acte sur un humain ?

Ces deux comportements sont-ils forcément liés ?

La réponse courte est non, pas nécessairement. Mais la réponse longue mérite d’être développée, car elle contient des informations utiles à toute personne qui travaille auprès d’enfants ou d’adolescents.

Pourquoi un enfant ou un adolescent fait-il du mal aux animaux ?

D’aussi loin que nous nous en souvenons, nous avons sûrement tous fait indirectement du mal à une petite bête. Pour ma part, c’était les lézards. J’avais entendu dire que si leur queue était coupée, celle-ci repoussait. J’ai donc testé. Mais dans ma petite tête, je pensais que la queue du lézard allait renaître de ses cendres immédiatement. J’ai donc été meurtrie de constater que ce n’était pas le cas. 

La cruauté envers les animaux chez les jeunes recouvre des réalités très différentes. Ce qui différencie un comportement normal d’un comportement pathologique, c’est d’abord la réaction émotionnelle qui suit l’acte. Un enfant qui, par curiosité, blesse involontairement un animal et en ressent un mal-être sincère n’est pas dans la même configuration psychologique qu’un enfant qui ressent du plaisir face à la souffrance infligée.

Parmi les motivations qui peuvent amener un jeune à se montrer cruel avec des animaux :

Des tueurs en série ont expliqué qu’ils s’en sont pris d’abord à des animaux parce qu’ils avaient ressenti une colère suite à un rejet, réel ou imaginé. Plutôt que de s’en prendre directement à la personne source de cette exclusion, ils ont commencé à reprendre un sentiment de pouvoir sur une cible plus accessible et sans défense.

Le lien entre cruauté animale et violence sur les humains : ce que la recherche dit vraiment

Des études ont effectivement démontré un lien entre la cruauté envers les animaux et la violence sur les humains. Ceux qui commettent des maltraitances sur les bêtes seraient significativement plus susceptibles de commettre des actes similaires sur des êtres humains.

Mais les recherches se montrent parfois contradictoires sur l’ampleur et la systématicité de ce lien. Ce n’est pas une règle absolue.

La graduation victimologique : de l’animal à l’humain

Tout démarre par un besoin de pouvoir ! Se sentir fort par rapport à un autre être vivant. Souvent d’âge jeune (enfant ou ado), l’individu qui s’en prend à l’animal ne peut physiquement ou moralement pas s’en prendre à la personne, généralement adulte, qui le contrarie.

Mais ce type de passage à l’acte ne reflète pas forcément une colère. Il peut aussi s’agir d’un plaisir éprouvé pendant la torture ou la mise à mort de l’animal. En grandissant, le plaisir de faire du mal à ce type de victime s’essouffle. Il y a alors ce que l’on appelle une « graduation » victimologique » : d’abord l’individu « s’entraîne » sur des animaux puis passe ensuite à l’acte sur des humains.

Il est également possible que maltraitance animale et humaine commencent en même temps ! Prenons l’exemple de ce pré-ado qui s’en prenait aux enfants de l’école environnante et une fois rentré chez lui, continuait ses méfaits sur son propre chat. Sa violence se manifestait aussi bien sur l’un que sur l’autre. Il disait avoir besoin de cette emprise sur ses congénères et qu’il ne supportait pas d’être contrarié.

Des études ont démontré un lien entre la cruauté envers les animaux et la violence sur les humains. Notons aussi l’agression interpersonnelle, notamment dans les cas de violence familiale où l’individu finit par assassiner sa victime mais va également tuer l’animal de compagnie. Certains ont agi ainsi parce que la bête était, à leurs yeux, une extension de la victime, d’autres l’ont fait parce qu’il y avait encore de la colère en eux : ils ne voulaient plus rien de vivant dans la maison.

Notez qu’il existe aussi des tueurs qui adorent les animaux, affirmant qu’ils ne pourraient pas leur faire de mal. Le lien n’est donc pas universel, et son absence n’est pas un indicateur d’absence de dangerosité.

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Que faire si un enfant se montre cruel envers les animaux ?

Par précaution, chaque situation doit être évaluée individuellement. Il faut aussi différencier les actes “d’expérimentation” des actes “pathologiques”, tout en tenant compte de l’âge de l’enfant.

Entre 1 et 6 ans : la curiosité naturelle

À cet âge, l’enfant expérimente sa curiosité généralement sur l’animal de compagnie de la famille. Il traite parfois les animaux comme des jouets sans en mesurer les conséquences. Il n’a pas forcément conscience du mal qu’il peut faire. Il faut donc expliquer à l’enfant qu’il ne doit jamais maltraiter un animal ou toute autre personne vulnérable.

Il faut aussi éviter de le laisser seul avec les animaux de compagnie, notamment pour des raisons de sécurité pour l’enfant. Et si ce dernier est en âge de comprendre, il convient de le mettre dans la situation inverse et de lui demander s’il accepterait d’être traité ainsi.

De 6 à 12 ans : le signal qui ne doit pas être ignoré

Un enfant de cet âge doit comprendre intellectuellement qu’il n’est pas acceptable de maltraiter des animaux. Mais si ce dernier continue et semble y prendre du plaisir, il s’agit là d’un symptôme qui relève d’un problème psychologique plus profond.

Il faut bien comprendre qu’il n’est pas normal qu’un jeune de cet âge (ou plus) violente intentionnellement des animaux. À partir de là, il faut rechercher une aide professionnelle et extérieure afin que l’enfant suive une thérapie.

À l’adolescence : comportement antisocial à surveiller

Pour les adolescents qui agressent ou tuent des animaux, il peut s’agir d’un comportement antisocial qui doit être surveillé par des thérapeutes. Qu’il s’agisse d’une pression de groupe ou d’un besoin de contrôle et de pouvoir, le suivi par un psychologue ou un psychiatre reste indispensable.

Plus l’intervention est précoce, plus les chances de modifier la trajectoire comportementale sont élevées.

Ce que cet angle révèle sur la prévention criminologique

Il ne faut pas dramatiser un acte de violence isolé commis contre un animal. Cela ne signifie pas que l’enfant va devenir un criminel.

La curiosité naturelle du jeune enfant peut le mener à des comportements regrettables que l’éducation corrigera. Ce qui doit alerter, c’est la répétition, l’intention délibérée et, surtout, le plaisir visible face à la souffrance infligée.

D’un point de vue criminologique, la maltraitance animale répétée et délibérée chez un jeune est un signal d’alerte qui mérite une attention sérieuse et une intervention rapide. Il ne s’agit pas de condamner l’enfant, mais de comprendre impérativement ce qui se joue derrière ce comportement et lui donner les outils pour en sortir.

C’est cette lecture des comportements précoces, dans leur complexité et leurs nuances, que je développe dans mes interventions auprès des professionnels de l’enfance, de l’éducation et de la justice.

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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