Après l’une de mes conférences, un décideur m’a demandé de travailler ensemble sur un changement de comportement. Au bout de quelques minutes d’échange, il m’a confié vouloir arrêter de ressentir ses propres émotions, et celles des autres. Sa formule exacte :
- « J’aimerais penser comme un psychopathe. Pouvez-vous m’aider ?«
C’était la première fois que je me trouvais face à une telle demande. La réponse était bien sûr négative : on ne modifie pas un comportement empathique en comportement psychopathique. Mais cette demande révèle quelque chose d’intéressant sur la façon dont nous percevons les psychopathes. Beaucoup imaginent qu’ils ont une vie simple parce qu’ils ne s’embarrassent pas avec les exigences sociales, ne ressentent pas la culpabilité et manipulent efficacement leur entourage.
La recherche scientifique donne une réponse bien différente. Et elle est contre-intuitive.
Ce que la recherche révèle sur le bonheur des psychopathes
Précisons d’abord de quoi nous parlons. Ici, il s’agit du psychopathe performant, non violent, et non du criminel sanguinaire. Rappelons-le : tous les tueurs ne sont pas psychopathes, et les psychopathes ne sont pas tous des tueurs.
Le professeur Mark Holder et la doctorante Ashley Love ont réalisé une étude auprès de plus de 400 étudiants de premier cycle, en évaluant simultanément les composantes de bien-être (émotions positives, bonheur, satisfaction générale), les composantes de mal-être (émotions négatives, dépression) et le niveau psychopathique de chaque participant.
Le résultat est clair : plus le niveau psychopathique est élevé, plus les composantes du mal-être sont importantes. Loin d’être des individus épanouis concentrés sur leurs besoins, les psychopathes semblent structurellement moins heureux que le reste de la population. Ce diagnostic sombre mérite d’être compris.
Les psychopathes performants en entreprise
Comment identifier les profils psychopathiques non violents dans les organisations, comprendre leurs signaux comportementaux et ce qu’ils révèlent sur nos modes de sélection.
Pourquoi les psychopathes sont-ils malheureux : le rôle des relations sociales
Une seconde étude a cherché à identifier ce qui contribue au malheur des psychopathes. La réponse pointe vers les relations sociales et sentimentales. Les individus à niveau élevé de psychopathie ne semblent pas satisfaits de leurs relations avec les autres. La notion d’engagement est moindre. La confiance envers leur entourage est faible. Et cette pauvreté relationnelle explique en grande partie l’insuffisance d’émotions positives et le glissement vers les émotions négatives.
C’est en réalité cohérent avec ce que nous savons du fonctionnement psychopathique. Dans la vie, la qualité des relations sociales est l’un des prédicteurs les plus solides du bien-être. Or les connexions du psychopathe sont structurellement superficielles, instables et hostiles. Il ne cherche pas à tisser de vrais liens avec les autres, sauf pour servir ses propres intérêts. Et quand ces intérêts sont satisfaits, l’autre devient inutile et donc ennuyeux.
La satisfaction à court terme : une compensation fragile
Les psychopathes sont capables de ressentir une satisfaction personnelle lorsqu’ils atteignent un objectif convoité. Mais cette satisfaction est de courte durée. La pensée du psychopathe est entièrement autocentrée : tout tourne autour de ce qui lui fait plaisir ou de ce qui lui fait du tort. Il n’y a pas d’introspection, pas de remise en question, pas de compréhension de l’entourage. Et si ses projets échouent ou si ses relations s’effondrent, c’est toujours la faute des autres. Ce mode de fonctionnement rend toute satisfaction durable structurellement impossible.
Ce que cela révèle sur notre rapport à l’empathie
La demande de ce décideur rencontré lors d’une conférence, « aidez-moi à penser comme un psychopathe« , n’est pas aussi isolée que nous pourrions le croire. Dans un monde professionnel qui valorise la prise de décision rapide, le détachement émotionnel et l’absence d’hésitation face au risque, l’idée que moins d’empathie pourrait être un avantage a une certaine logique apparente.
Mais la recherche pointe dans la direction opposée. Ce sont précisément les manques psychiques du psychopathe, son incapacité à l’introspection, à la connexion authentique et à la compréhension émotionnelle, qui le condamnent à une forme d’isolement affectif que rien ne compense vraiment. L’empathie n’est pas une faiblesse. C’est l’une des conditions du bien-être humain.
Alors peut-être que les psychopathes se sentent finalement très seuls car ils souffrent de manques psychiques qui leur permettraient de mieux cerner une situation, notamment émotionnelle.
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Source :
* Étude réalisée par le professeur Mark Holder de l’université de la Colombie-Britannique & la Doctorante Ashley Love | “Psychopathie et bien-être. Personnalité et différences individuelles” (2014) | “La qualité de la relation amoureuse peut-elle médier la relation entre psychopathie et bien-être subjectif ?” Journal of Happiness Studies (2016)
Les stratégies des leaders hors normes
Cette conférence explore le profil du psychopathe performant non violent pour isoler les traits cognitifs qui accélèrent la prise de décision, la gestion du stress et le passage à l’action. Sang-froid, focalisation, audace maîtrisée, résilience.
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