Sciences comportementales

Comment fonctionne un bon menteur : psychologie du mensonge

7 min de lecture Par Sylvia Bréger
Comment fonctionne un bon menteur : psychologie du mensonge

Cela vous est peut-être arrivé : se faire prendre en flagrant délit de mensonge ! Un moment embarrassant, il faut bien le dire. La recherche sur la tromperie a amené les spécialistes de la question à étudier, durant des années, tous les indices non verbaux liés au mensonge, ou encore les signaux paralinguistiques afin de mieux détecter les menteurs.

Peu de recherches ont été consacrées aux caractéristiques des bons menteurs. C’est pourtant un angle d’analyse décisif en analyse comportementale : pour identifier une tromperie, il faut d’abord comprendre ce qui la rend efficace. Et ce qui la rend efficace est précisément ce qui échappe aux outils d’observation habituels.

Voici ce que la recherche et de nombreuses années d’observation comportementale permettent d’en dire.

Ce qui se passe dans le cerveau et le corps lorsque nous mentons

Mentir déclenche toute une suite de réactions au niveau du corps et de la pensée. Et c’est la panique à bord à partir du moment où l’on se retrouve dans un des cas ci-dessous, voire les trois :

– un individu doit mentir alors qu’il n’est pas habitué à cela
– l’enjeu de ce mensonge est très important
– ou lorsqu’il sent la menace de ne pas être cru.

Plus la pression augmente, plus la capacité de traitement de l’information est compromise. L’activité physiologique s’accélère, ce qui peut provoquer une respiration accrue, une transpiration plus ou moins excessive et une fréquence cardiaque décuplée ! Ces signaux sont souvent classés comme étant une tromperie. Néanmoins, ils ne restent que des indices de nervosité qui peuvent aussi s’expliquer par autre chose, selon le contexte de la situation, l’interlocuteur et sa façon de poser des questions, ou encore le pire : être accusé à tort !!! Bien que cela ne soit pas le sujet de l’article, la précaution est de mise dans la recherche de la vérité. Il n’existe pas de gestes liés au mensonge!

Ce qui distingue le bon menteur du mauvais, c’est sa capacité à dissiper cet excès de gêne physiologique pour ne pas attirer l’attention sur sa tromperie. Là où le menteur ordinaire se trahit par une agitation visible, le bon menteur la masque ou l’absorbe.

La surcharge cognitive : l’obstacle majeur du menteur

Construire un mensonge en temps réel est cognitivement exigeant. Il faut surveiller ce que nous disons, la manière dont nous le disons, ce que nous ne disons pas, notre comportement corporel, et bien sûr, la logique de l’histoire. Mais il faut également vérifier l’attitude de nos interlocuteurs pour nous assurer que le mensonge n’est pas détecté. Vous l’avez compris, lors d’un mensonge, notre cerveau est totalement engagé. Il est même en surchauffe ! C’est tout cela qui provoque une surcharge cognitive ! Et cette surcharge réduit la capacité d’un menteur à tromper les autres avec succès.

C’est précisément pour cette raison que les questions inattendues sont si efficaces en entretien d’enquête : elles augmentent la charge cognitive au-delà de ce que le mensonge préparé peut absorber, et c’est là que les incohérences peuvent apparaître.

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Ce que sait faire un bon menteur que les autres ne savent pas

Le bon menteur n’est pas simplement quelqu’un qui ment plus. C’est quelqu’un qui a développé, souvent par la pratique répétée, des compétences spécifiques qui rendent sa tromperie plus difficile à détecter. Ces compétences sont réelles, observables, et ont des implications directes pour qui cherche à les identifier.

La maîtrise émotionnelle : le premier pilier du bon menteur

Un bon menteur sait contrôler ses émotions. Cette maîtrise nécessite une expérimentation. Un bon menteur est celui qui ment souvent : inventer est une seconde nature. Il a appris à son esprit à jongler avec tout ce qui nécessite de construire un mensonge infaillible. Beaucoup éprouvent même un certain plaisir à manipuler les autres avec leurs tromperies.

C’est là que réside l’une des difficultés majeures de la détection : les signaux physiologiques habituellement associés au stress du mensonge peuvent être absents chez le menteur expérimenté. Nous ne pouvons pas nous fier à l’absence de nervosité pour conclure à la sincérité.

La connaissance de notre propre baseline comportementale

Nous avons tous notre propre comportement de base. Toute personne proche de nous le connait plus ou moins bien. Il s’agit donc de notre référence personnelle. Un menteur amène les doutes vers lui lorsque ses proches repèrent que son comportement s’éloigne de sa norme habituelle.

Les comportements inhabituels agissent donc comme un déclencheur de suspicion.

Un menteur expérimenté se connaît suffisamment pour réduire les chances d’être pris en flagrant délit de mensonge. Il est fréquent de voir que ce type d’affabulateur montre une réelle confiance en lui, ce qui va dissiper les soupçons. Cette assurance augmente aussi le capital sympathie. Le quotient de crédibilité s’en trouve fortement plus élevé.

La pensée rapide et les compétences sociales : les atouts du bon manipulateur

Les bons menteurs ont un mode de pensée rapide. Ils rebondissent plus facilement sur des questions inattendues qu’un menteur normal ou inexpérimenté. Mal préparé et n’anticipant pas forcément toutes les interrogations, le menteur traditionnel peut être décontenancé par une question imprévue : son verbal s’en trouve alors désorienté et son visage peut trahir la tromperie.

C’est là que le bon menteur détient sa force : il maîtrise ce mode de pensée rapide car il a de la pratique. Il est performant dans ses mensonges car c’est un individu qui a souvent de grande compétences sociales. Ainsi, les indices verbaux et non verbaux le rendent plus digne de confiance. Notons que ce type d’affabulateur est très motivé à mentir. 

C’est un profil de manipulateur, soucieux de faire bonne impression et très motivé à tromper. Cette motivation est elle-même un facteur de performance : mentir pour quelque chose qui compte vraiment engage des ressources cognitives supplémentaires.

Ce que cela change concrètement pour la détection du mensonge

Comprendre comment fonctionne un bon menteur a des implications directes pour quiconque cherche à détecter la tromperie en situation professionnelle. Plusieurs conclusions s’imposent.

Ce que cet angle révèle sur notre rapport au mensonge

Étudier les bons menteurs plutôt que seulement les mauvais, c’est accepter une réalité inconfortable : le mensonge est une compétence qui s’améliore avec la pratique. Les individus qui ont le plus d’intérêt à tromper, et qui le font le plus souvent, sont aussi ceux qui deviennent les plus difficiles à détecter. C’est un paradoxe structurel de la détection.

Ce qui compense partiellement cet avantage du menteur expérimenté, c’est la méthode. Une observation structurée, fondée sur la baseline, les questions à charge cognitive élevée et la cohérence du récit dans le temps, réduit significativement l’avantage du bon menteur par rapport à un observateur non formé.

Le bon menteur est redoutable précisément parce qu’il exploite nos biais naturels. L’analyse comportementale rigoureuse est, à ce jour, la meilleure réponse disponible.

Je vous laisse découvrir cette petite vidéo sur les menteurs.

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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