Criminologie

Enfant faiblement empathique : quand faut-il s’inquiéter ?

8 min de lecture Par Sylvia Bréger
Enfant faiblement empathique : quand faut-il s’inquiéter ?

Pouvons-nous réellement améliorer la capacité d’empathie de nos enfants ? C’est une question que me posent souvent des parents ou des professionnels de l’enfance. Et ma réponse est toujours un écrasant « oui ». L’empathie s’apprend, se développe, sauf en cas de pathologie mentale sévère. C’est une question qui devient préoccupante dans ce monde où la violence est de plus en plus visible, aussi bien dans le virtuel que dans la réalité.

Quels sont les signaux d’alerte qui indiquent qu’un enfant manque d’empathie ? Pourquoi ce manque s’installe-t-il ? Et comment enseigner l’empathie à un enfant ou un adolescent ?

Voici ce que la criminologie, les neurosciences et l’observation comportementale permettent d’en dire.

Les signaux d’alerte du manque d’empathie chez l’enfant

L’empathie est la capacité émotionnelle qui consiste à se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre ses sentiments, en ressentant les émotions qui le traversent. Pas de jugement, seulement de la compréhension, de la compassion, de l’écoute. C’est l’une des fondations les plus importantes du développement social et moral d’un enfant.

Il est important de préciser que les très jeunes enfants ne sont pas encore empathiques au sens plein du terme. Et cela est normal. L’empathie va se développer progressivement avec l’âge, certes, mais aussi en fonction de leur éducation.

Ce qui doit alerter, c’est l’absence de cette progression à mesure que l’enfant grandit.

Pour que le développement empathique soit bon, l’enfant doit évoluer dans un contexte familial chaleureux et attentionné. Il faut lui apprendre ce qui est bien et ce qui est mal. Tout comme nous lui apprenons à lire et à compter. Et n’allez surtout pas croire qu’un jeune empathique sera hyper-sensible et incapable de se préserver dans la vie. Ou qu’il souffrira plus que les autres car trop sensible. L’hyper-émotivité peut aussi être canalisée. Développer l’empathie de l’enfant l’amène à mieux lire les situations, y compris celles où il y a un danger. Il évoluera progressivement vers le courage et la gentillesse.

Pourquoi l’empathie diminue-t-elle chez les jeunes générations ?

Bien que les chiffres qui vont suivre ne soient pas français, les recherches ont pourtant relayé un fait intéressant mais qui doit aussi nous questionner. Il y a quelques années, une étude de l’Université du Michigan a montré que les étudiants n’étaient plus aussi empathiques qu’avant. Le niveau d’empathie des adolescents aurait ainsi été réduit de 40% alors que le narcissisme aurait augmenté de 58%.

Le facteur génétique : ce que la neurobiologie révèle

Le Docteur James Fallon, neuroscientifique, explique que les gènes pourraient engendrer des enfants de moins en moins empathiques dans l’avenir. La génération actuelle serait en perte de vitesse au niveau de l’empathie et elle est, notamment, plus exposée à la violence qu’avant. Si dans un couple, l’homme et la femme ont tous deux une empathie pauvre, cela pourrait aussi être le cas de leurs enfants.

Ce n’est pas une fatalité absolue, mais c’est un facteur de risque qui justifie une attention particulière au développement émotionnel de l’enfant.

Médias, réseaux sociaux et jeux vidéo : une influence à nuancer

La surexposition aux médias et aux réseaux sociaux est régulièrement citée comme facteur d’appauvrissement empathique.

Les jeunes grandissent souvent avec les jeux vidéo et il se dit que cette violence « virtuelle » pourrait les engourdir face à la douleur des autres. Elle est partiellement fondée sur le plan de l’attention disponible : quand un enfant est absorbé par un écran, sa présence relationnelle aux autres est réduite.

Un comportement qui peut se poursuivre hors ligne durant un temps variable. Toutefois, de plus en plus de chercheurs indiquent que ces jeux n’ont pas d’impact direct ni durable sur l’empathie de base d’un jeune.

Ce qui compte vraiment, c’est la qualité et la quantité des interactions réelles qui entourent l’enfant. Un environnement familial chaleureux et attentionné reste le facteur de développement empathique le plus déterminant.

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7 conseils concrets pour élever des enfants bienveillants

Pour qu’un enfant développe sa bienveillance, les adultes doivent leur donner les moyens de répondre aux préoccupations et au chagrin d’autrui. Cela va augmenter leur capacité empathique.

Voici quelques conseils pour que l’enfant soit heureux tout en étant attentionné :

1. Favoriser le contact visuel dans les échanges

Nous avons appris à lire les visages instinctivement. Certains mieux que d’autres. Le contact visuel est donc important pour qu’un enfant comprenne l’état émotionnel de son interlocuteur. C’est pourquoi, lorsque nous lui parlons, il est essentiel de se mettre à la hauteur de ses yeux afin qu’il puisse lire notre visage et percevoir les nuances émotionnelles tout en intégrant progressivement ce langage non verbal. C’est aussi une posture moins intimidante qui favorise la confiance.

2. Protéger les moments en famille des écrans

Les moments en famille doivent être sacrés. Dès leur plus jeune âge, il faut apprendre aux jeunes que pendant les goûters ou dîners, tous les membres de la famille viennent à table sans appareils numériques.

Les conversations s’en trouvent plus riches, l’attention portée aux autres est plus soutenue, et l’enfant apprend que la présence à l’autre est une forme de respect qui s’exprime aussi par ce à quoi nous renonçons.

3. Explorer les émotions par les livres et les discussions

Il existe des livres qui parlent des émotions, y compris pour les tout-petits. Découvrez ces bouquins avec eux afin qu’ils comprennent et enregistrent comment fonctionne une émotion et surtout comment la reconnaître ! Discutez de leur propre état émotionnel afin qu’ils puissent montrer leurs sentiments, selon différents contextes. Savoir identifier leurs propres sensations personnelles leur permet de mieux cerner les gens qui les entourent.

4. Valoriser le caractère autant que les actes

Complimentez sa personnalité autant que son comportement. Cela a plus d’impact de féliciter le trait de caractère d’un jeune que de le récompenser pour ce qu’il était censé faire :
– « Je suis fièr(e) de toi : tu aimes aider les autres. Tu es attentionné(e) et serviable »

Il n’est plus seulement quelqu’un qui a bien agi dans une situation précise : il est quelqu’un de généreux. Cette distinction est comportementalement significative dans la façon dont l’enfant se représente lui-même et agit ensuite.

5. Placer l’enfant dans la perspective de l’autre

Placez votre enfant à la place des autres afin qu’il développe sa capacité empathique et d’analyse :

– « Si Pierre prenait ta peluche préférée sans rien te demander, comment te sentirais-tu  ? »
« Ces enfants ont tout perdu à cause de la tempête. À ton avis, que ressentent-ils ? Comment pourrions-nous les aider ?« 

– « Ton copain a une vilaine grippe. Je me demande s’il y a moyen de pouvoir lui apporter du soutien. Qu’en penses-tu ? »

6. Servir d’exemple au quotidien

Les enfants apprennent d’abord par imitation car nous sommes l’image représentative et puissante que notre enfant va vouloir copier dans ses propres actions. Alors montrez-lui que vous aussi vous êtes intéressé(e) par ce que ressentent les autres.

Par exemple, en cédant votre place à une personne âgée, en écoutant et aidant un(e) ami(e) qui ne va pas bien ou en prenant des nouvelles autour de vous. Expliquez-lui que cela fait du bien à la personne qui reçoit ce réconfort, mais que cela est aussi une bonne chose pour nous !

Lorsque les jeunes sont témoins de cela, l’empathie est activée et ils seront plus susceptibles d’incorporer cette façon de faire dans leurs actions quotidiennes.

7. S’intéresser à ce que l’enfant a ressenti, pas seulement à ce qu’il a fait

Lorsque l’enfant rentre de l’école, les parents ont tendance à le questionner sur ce qu’il a fait durant sa journée. Intéressons-nous aussi à ce qu’il a pu ressentir : « Qu’as-tu appris aujourd’hui ? Et qu’as-tu fait de gentil ? »

Cela lui permet de développer sa capacité à observer et à nommer les états émotionnels autour de lui. C’est un entraînement perceptif quotidien.

Ce que le développement de l’empathie révèle sur la prévention

D’un point de vue criminologique, le développement de l’empathie chez l’enfant n’est pas seulement une question éducative. C’est l’une des clés de la prévention des comportements à risque, de la violence et des troubles de la personnalité qui se construisent dans l’enfance et l’adolescence. Un enfant qui apprend à ressentir la souffrance de l’autre, à la nommer et à y répondre, développe simultanément des inhibiteurs comportementaux que les profils à risque ne possèdent pas.

Nos enfants naissent avec un potentiel. Leur capacité d’empathie peut être renforcée, orientée, nourrie. C’est elle qui consolidera leur conviction morale et leur courage.

C’est dans cette perspective que j’aborde ces questions dans mes interventions auprès des parents, des professionnels de l’enfance, de l’éducation et des organisations qui travaillent sur la prévention.

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Sylvia Bréger

Sylvia Bréger

Criminologue spécialisée en risque humain

18 ans au service des organisations qui ne peuvent pas se permettre de se tromper sur les gens.

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