La perversité suscite beaucoup d’interrogations, que ce soit au niveau de la compréhension de ce trouble que de sa prise en charge.
Un individu diagnostiqué « pervers » instrumentalise toutes ses relations : familiales, sociales et professionnelles. Il inflige une réelle souffrance à son entourage. Son mode de fonctionnement pervers étant ancré depuis l’enfance, est-il possible qu’il puisse avoir la capacité d’évoluer favorablement à travers un accompagnement thérapeutique ?
Une question qui soulève de nombreux débats au sein de la communauté scientifique.
Ce profil, souvent désigné sous le terme de pervers narcissique, concentre à lui seul une grande partie des recherches en psychologie clinique. Et pour cause : ses effets sur l’entourage (manipulation mentale, emprise progressive, destruction de l’estime de soi) sont parmi les plus dévastateurs qui soient.
Pervers : portrait d’un manipulateur sans empathie
La perversité est probablement la forme la plus grave qui existe dans le comportement humain. Derrière une facette souvent très séductrice, se trouve un esprit vidé de toute substance émotionnelle. Derrière le masque d’un individu réellement pervers, se cache une grande froideur. Il a ses propres convictions et ses propres codes. Les normes de la société ne sont pas les siennes. Il évolue dans ce monde comme un loup indomptable et dangereux, mais cela ne se voit pas toujours au premier abord. Il sait gagner la confiance de ses congénères car c’est un fin manipulateur.
Il sait aussi prendre le temps d’observer les autres et de repérer leurs points faibles. Son relationnel avec les gens est purement calculé où chacun est choisi en fonction de qu’il peut apporter d’utile au pervers. Il marche au milieu de nous avec un sentiment de toute-puissance, avec cette incapacité à ressentir les émotions de son entourage, ni les souffrances qu’il peut infliger, notamment aux personnes les plus proches.
Sa façon d’être est généralement basée sur la manipulation, le mensonge et le contrôle des autres.
Les signaux d’alerte d’une emprise émotionnelle
Ce fonctionnement correspond à ce que la littérature clinique classe sous le spectre du narcissisme pathologique, parfois associé à des traits de personnalité antisociale. Notez que le terme « pervers narcissique » n’est pas un diagnostic officiel. Nous parlons davantage de traits narcissiques/pathologiques ou de trouble de la personnalité narcissique,
L’emprise que l’individu exerce sur ses proches s’installe lentement, insidieusement, ce qui la rend d’autant plus difficile à identifier.
Parmi les signaux comportementaux les plus fréquents :
- Manipulation mentale progressive, avec alternance de séduction et de dévalorisation.
- Absence totale de remords face aux souffrances infligées.
- Capacité à simuler l’empathie de façon convaincante, notamment en public.
- Sentiment de toute-puissance et incapacité structurelle à se remettre en question.
- Comportement radicalement différent selon les contextes — une double vie comportementale.
Thérapie et perversité : pourquoi la prise en charge est un défi
Il est excessivement rare qu’un pervers fasse des démarches à sa propre demande pour faire un travail thérapeutique. Il a une très haute opinion de sa personne et ne s’estime pas « malade ». Tout cela l’amène à nier la nécessité d’un travail à faire sur lui-même.
Ce sentiment de puissance, assez extrême, complexifie grandement l’accès aux soins, tout comme son manque d’empathie et son incapacité à se remettre en question. Il voit cette thérapie comme une tentative de contrôle et il ne l’accepte pas.
Toutefois, lorsqu’un pervers arrive dans le cabinet d’un professionnel de la santé mentale, c’est souvent parce qu’il y est forcé. Dès lors, cette relation thérapeutique va, elle aussi, être instrumentalisée par le pervers. Ce moment d’échanges entre lui et le médecin va se transformer en jeu de pouvoir où il va tout faire pour gagner la partie. Le pervers n’arrive pas à percevoir ce processus de soin comme une aide mais plutôt comme une intrusion contre laquelle il passe à l’attaque.
Une fois devant le psychologue ou le psychiatre, le pervers va observer et étudier son comportement afin de le contrôler. Il va essayer de chercher ses failles afin de s’en servir contre lui. Le pervers veut être en position de force devant ce professionnel et va tout tenter pour le déstabiliser, notamment en retournant les techniques utilisées par le médecin et en les retournant contre lui. Il fera le nécessaire pour dépasser les limites du cadre thérapeutique établi.
Dans bien des cas, la thérapie peut aussi être un exutoire où le pervers y place certaines de ses difficultés sans pour autant se remettre en question. Il a plutôt tendance à se placer en victime et il évite soigneusement d’aborder les frasques de ses comportements, ainsi que tout ce qui touche à ses responsabilités.
Ce que le thérapeute peut tenter de faire
Ainsi, une telle prise en charge s’avère être un véritable défi pour les soignants. Pour faire face à un pervers, il faut des compétences solides, une longue expérience dans ce type d’entretien, une grande fermeté mais aussi un soutien collégial régulier.
La thérapie en elle-même se base sur l’identification des émotions d’autrui, tout en faisant un travail permettant de réduire l’égocentrisme du pervers. Le médecin doit le responsabiliser sur ses comportements asociaux et sur les conséquences de ses actes.
Pour cela, il utilise, entre autres, la thérapie cognitivo-comportementale pour modifier les schémas dysfonctionnels qui amènent une vision de lui-même qui est surdimensionnée.
Dans bien des cas, le professionnel de santé mentale doit également travailler avec le patient à la réparation des carences affectives ou d’éventuels traumatismes développés au cours de sa vie. Bien que cela ne soit pas systématique, un grand nombre d’individus diagnostiqués « pervers » ont des antécédents graves de maltraitances ou de pertes :
- Négligences émotionnelles et affectives de la part de la famille
- Processus développemental dans un environnement violent
- Abus sexuels subis dans la jeunesse
- Abandons avec placements dans des institutions
- Deuils ou séparations traumatisantes
Notons que certains individus diagnostiqués « pervers » n’ont jamais eu de tels antécédents ou alors ces derniers ont été « oubliés » ou n’ont pas été identifiés. Même si d’autres facteurs entrent aussi en jeu, des traumatismes liés à l’enfance ou à l’adolescence peuvent favoriser le développement d’un trouble de la personnalité.
Il s’agit ici d’une prise en charge thérapeutique qui va se faire sur un très long terme avec, malheureusement, un sérieux risque d’abandon des soins de la part du patient. Celui-ci peut prendre cette décision car il veut garder le contrôle de la situation, ou parce que les révélations exposées durant la thérapie s’avèrent trop compliquées à gérer pour lui.
Ainsi, pour faire face à un pervers narcissique, le professionnel doit posséder de solides compétences, une longue expérience de ce type d’entretien, une grande fermeté dans la tenue du cadre thérapeutique, et un soutien collégial régulier.
Il s’agit là d’une prise en charge qui peut user.
Peut-on guérir un pervers ? Ce que dit la psychologie clinique
S’interroger sur la guérison du pervers est en réalité une question plus large : jusqu’où un individu peut-il rester imperméable à toute forme de remise en question ?
La perversité est un trouble qui s’étire sur la durée et qui s’avère enracinée dans l’historique du patient. Ce n’est donc pas une façon d’être qui se fait par crise. Ce fonctionnement psychique est rigide mais aussi ancré depuis l’enfance. C’est ce qui rend particulièrement difficile la modification de ce schéma.
Ainsi, une guérison totale est totalement impossible. Nous ne guérissons pas d’un état pervers. Tout au plus, une légère amélioration est envisageable grâce à une meilleure conscience de soi et des actes, mais aussi grâce à un environnement bienveillant.
Pour les victimes d’un pervers narcissique, cette réalité clinique est souvent difficile à accepter. L’espoir d’un changement, entretenu parfois volontairement par le pervers lui-même, fait partie des mécanismes d’emprise. Comprendre que le trouble est structurel, pas conjoncturel, est souvent le premier pas vers une reconstruction.
La motivation réelle du patient est très rare. Elle est plutôt superficielle ou contrainte à des pressions extérieures. Hors, c’est la motivation sincère de s’en sortir qui conditionne d’abord le succès d’une thérapie.
Ainsi, la prise en charge d’un pervers doit se faire sur de très longues années, avec la possibilité d’un risque élevé de récidive, notamment en cas d’arrêt prématuré de ce suivi.
Modifier la structure même de ce type de personnalité permettrait de stabiliser les progrès accomplis, mais c’est un travail thérapeutique qui reste difficile à atteindre. Il en résulte aussi que ces progrès se feront en fonction de chaque patient.
Vous l’avez compris, le pronostic de la perversité reste très sombre même si quelques changements significatifs sont possibles à travers un suivi spécialisé sur un très long terme. « Guérir » un trouble de personnalité narcissique ou antisocial est peu probable, mais certains symptômes (impulsivité, comportements agressifs, consommation, relations) peuvent être partiellement améliorés avec des thérapies adaptées.
Je vous disant que ce soit dans un contexte professionnel ou dans un contexte personnel, savoir lire les signaux d’alerte d’une emprise émotionnelle reste la principale défense.
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