Notre visage : le miroir de l’âme. Tout y serait inscrit, notre caractère de base, notre humeur du jour, mais aussi les traces de joie, d’inquiétude, de souffrance et parfois même de dangerosité. Les stigmates d’une personnalité violente s’inscrivent-ils réellement, telle une empreinte, sur notre visage ? Et si oui, comment apprendre à les lire ?
La réponse est plus nuancée que beaucoup ne l’imaginent. Elle mêle les émotions universelles, les mécanismes de l’hypervigilance, et une réalité fondamentale de l’analyse comportementale : chaque individu fonctionne selon ses propres patterns. Ce que nous pouvons lire sur un visage ne livre jamais de certitudes. Mais avec les bons repères, il livre des hypothèses précieuses.
Les émotions universelles : la grammaire de base du visage
Le Docteur Paul Ekman, psychologue et spécialiste de la lecture du visage, a voulu démontrer que sept émotions de base seraient universelles : ainsi, nous pouvons les retrouver dans toutes les cultures du monde, quel que soit le sexe, l’âge ou l’intellect de l’individu. Pour chacune d’elles, des muscles précis s’actionnent ensemble pour former une expression reconnaissable.
Ces sept émotions sont :
- La joie
- La tristesse
- La colère
- La peur
- La surprise
- Le dégoût
- Le mépris
Ces expressions peuvent être fortement appuyées parce que sincères et montrées volontairement, comme elles peuvent être réprimées et donc beaucoup plus subtiles dans leur visibilité. Apprendre à repérer le fonctionnement des muscles pour chaque émotion permet deux choses : détecter le véritable état émotionnel d’un interlocuteur, et mieux déceler les émotions positives et négatives afin d’y réagir immédiatement.
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La capacité à lire la dangerosité : qui l’a vraiment ?
Nous lisons tous des messages sur les visages des gens qui nous entourent. Mais la plupart du temps, cela relève davantage de l’instinct que de l’analyse consciente. S’entraîner à la lecture des expressions faciales permet d’habituer l’œil et le cerveau à ce décodage non verbal.
Il existerait des personnes qui bénéficient d’une capacité à lire les émotions cachées et les véritables expressions de leurs interlocuteurs avec une précision remarquable. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : une capacité d’observation et une intuition naturelle très au-dessus de la moyenne, une formation solide en la matière, beaucoup d’entraînement, ou d’excellentes compétences sociales.
L’hypervigilance des enfants victimes de violence : un détecteur façonné par la survie
Pour déceler la dangerosité à travers le visage et les attitudes corporelles, les meilleurs observateurs seraient ceux qui ont vécu la violence dans leur jeunesse.
Pour assurer leur sécurité, ils ont dû identifier les indices de fureur d’un parent, parfois des deux. Ils devaient être à l’affût du moindre mouvement, de la plus subtile réaction qui allait supposer une attaque imminente. Amortir le choc, éviter les coups : cela exigeait d’aiguiser continuellement l’observation comportementale.
L’enfant victime de violence apprend à détecter l’humeur du bourreau à travers son visage. Il évalue constamment les signes d’une éventuelle colère afin d’adapter son comportement : faire attention à ce qu’il dit, se cacher, adopter une attitude de protection pour éviter les coups. Cette hypervigilance vécue de façon constante fait malheureusement de ces enfants d’excellents détecteurs de menaces, y compris hors de l’environnement familial. Et cet impact peut persister à l’âge adulte.
Peut-on réellement détecter un comportement dangereux ?
La réponse est oui, à condition d’être attentif à son environnement. Une personne qui n’a pas été formée à la lecture du non verbal, qui n’est pas particulièrement intuitive ou qui n’a jamais été victime de violence peut, elle aussi, repérer des comportements hostiles. Il suffit d’observer ce qui nous entoure et de savoir quoi chercher.
Toutefois, restons lucides : la tâche n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. L’état d’esprit d’un individu dangereux dépendra en grande partie de l’acte qu’il s’apprête à commettre. S’agit-il d’un passage à l’acte planifié ou d’un passage à l’acte impulsif ? Les attitudes et les expressions faciales ne seront pas exprimées de la même façon.
Il est primordial de prendre en considération que chaque individu a son propre mode de fonctionnement et un état émotionnel qui lui est personnel. Il n’est donc pas possible de garantir qu’une personne dangereuse va réagir avec certitude avec des expressions et des mouvements corporels identiques à d’autres individus classés dans la même catégorie de crime. C’est un constat essentiel à rappeler lors de formations dispensées à des professionnels de la sécurité et de l’enquête. Des études, notamment celles de Paul Ekman et de David Matsumoto, montrent cependant des traits communs au niveau de l’aspect corporel de certaines personnalités dangereuses.
Faut-il chercher des signes de peur chez un terroriste ?
Tout va dépendre de la personnalité et du vécu de l’individu. Certains peuvent éprouver de l’angoisse et de la crainte, peut-être parce qu’ils s’inquiètent d’être interceptés avant leur passage à l’acte ou par peur de rater leur objectif. D’autres, au contraire, ne vont manifester aucune tension, car ils ressentent une réelle paix intérieure en arrivant au but ultime qu’ils se sont fixé. Cette variabilité rend la détection particulièrement difficile et rappelle qu’aucun profil comportemental universel du terroriste n’existe.
Ce que l’on peut observer et ce que cela signifie
Il faut se montrer sensible aux émotions des personnes qui nous entourent, notamment en cernant les expressions faciales. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’une émotion peut se dessiner de manière consciente ou inconsciente, être appuyée exagérément ou au contraire dissimulée, ou encore fuiter de façon involontaire. Voir est une chose. Situer l’expression et comprendre ce qui la déclenche en est une autre.
L’humain n’est pas figé. Il réagit avec ses propres émotions. Toutefois, avec une bonne observation, il est possible de détecter une attitude qui peut potentiellement représenter un danger. Pour cela, il faut prendre conscience de son environnement et de ceux qui nous entourent.
Quelques exemples de signaux comportementaux à surveiller :
- Une personne qui nous fixe du regard avec la tête baissée.
- Un individu qui se tient trop près de nous alors qu’il y a de l’espace disponible.
- Un collaborateur en désaccord qui serre fortement ses poings.
Ce ne sont pas forcément des preuves définitives, mais des avertissements comportementaux que nous devons prendre en considération afin d’anticiper une éventuelle menace. La vigilance, fondée sur l’observation rigoureuse et sans biais, reste la meilleure protection disponible.
Décryptage du non-verbal : lire les comportements là où les mots ne suffisent plus
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