Au cours de nos interactions avec les autres, nous ressentons et exprimons une vaste gamme d’émotions. Lorsque ces expressions sont authentiques, elles sont souvent synchronisées avec ce qui est dit. Lorsqu’elles sont feintes, quelque chose semble ne pas aller, même si nous ne savons pas toujours dire quoi. C’est précisément ce décalage que l’analyse des expressions faciales permet de lire.
Le visage est l’un des canaux non verbaux les plus riches, et c’est aussi la partie du corps avec laquelle nous mentons le plus, même si, parfois, notre visage laisse filtrer certains indices. Les microexpressions faciales, les fuites émotionnelles, le décalage entre une expression construite et une émotion réelle : autant de signaux que l’analyse comportementale apprend à lire.
Voici les mécanismes essentiels à connaître pour comprendre ce que les visages révèlent et ce qu’ils tentent de dissimuler.
Le masque facial : expressions authentiques et expressions feintes
Les émotions… nous avons beau essayer de les contrôler pour ne pas montrer aux autres ce que nous ressentons réellement, nous ne pouvons pas nous empêcher de les ressentir, ni de les laisser s’exprimer involontairement.
Les émotions se dessinent sur notre visage sans effort conscient pour les créer. De là, naît l’authenticité de ce qui est réellement ressenti. Cependant, les émotions peuvent aussi se former artificiellement et donc volontairement. Nous pouvons afficher notre masque de tristesse pour gagner la sympathie des autres. Nous pouvons être heureux d’avoir remporté un concours, mais nous essayons de maîtriser notre joie par politesse.
Mais lorsqu’une expression est feinte et que l’émotion n’est pas réellement ressentie, deux indices trahissent souvent le jeu.
- La durée : une expression feinte tend à se maintenir plus longtemps sur le visage qu’une expression authentique, qui apparaît et disparaît naturellement.
- Le décalage temporel : l’expression se dessine avec un léger retard par rapport au stimulus, comme si le cerveau avait dû décider de l’afficher plutôt que de la laisser émerger spontanément.
Les 7 émotions universelles : ce que le Docteur Paul Ekman a démontré
Nous sommes tous différents dans notre façon d’agir et de penser, tout comme nous sommes différents dans notre façon de nous exprimer. Il en va de même pour le ressenti des émotions. D’un individu à l’autre, personne n’aura la même réponse émotionnelle. Il y aura des nuances, voire des oppositions.
Nous avons un grand nombre de muscles dans notre visage qui nous permettent de produire de très nombreuses expressions. Et bien sûr, nous pouvons éprouver plusieurs émotions simultanément. Mais ce qui est important à connaître et à reconnaître ce sont les sept émotions considérées comme étant universelles. Elles seraient innées chez tous les humains issus de toutes les cultures et s’exprimeraient invariablement avec les mêmes activations musculaires :
- La joie
- La tristesse
- La peur
- La colère
- La surprise
- Le dégoût
- Le mépris
L’universalité des émotions : nuances et limites culturelles
Certaines études sur le sujet ont d’ailleurs reconsidéré l’universalité de ces 7 émotions. Effectivement, différentes communautés de toutes les parties du globe terrestre peuvent indiquer si l’émotion présentée leur semble « positive » ou « négative ». Néanmoins, là où le problème se manifeste, c’est au moment de nommer l’émotion perçue. Là où nous faisons visualiser l’expression de la colère à différentes cultures, certaines d’entre elles arrivent à l’identifier. Mais pour d’autres, l’expression sera vue comme étant probablement « négative » sans toutefois pouvoir désigner l’émotion en question.
Nous ne devons pas oublier que la perception que nous avons des émotions est aussi issue de notre éducation culturelle. Par exemple, dans certains pays, le fait d’éprouver de la honte doit être caché, alors que dans d’autres contrées, il faut au contraire la montrer en preuve de respect et d’excuse. Dans ce genre de cas, nous en connaissons son fonctionnement et il sera alors plus facile de repérer la honte chez quelqu’un. Cela sera moins le cas dans les cultures où la honte doit être gardée pour soi et donc, ne pas être montrée. Il est bien plus difficile de repérer quelque chose que nous n’avons jamais vu.
Expressions faciales et communication non verbale : les mythes à déconstruire
Première impression, langage corporel, mythes sur le non verbal : ce que votre corps transmet dans une interaction professionnelle, et comment affiner votre lecture des comportements.
Lire l’article →Les microexpressions faciales : les fuites émotionnelles que le cerveau ne peut pas retenir
Les microexpressions faciales sont des expressions involontaires d’une durée extrêmement brève : elles s’affichent sur le visage en une fraction de seconde, parfois moins d’un cinquième de seconde. Elles ne sont généralement pas détectables par un observateur non formé. Et pourtant, elles constituent l’une des sources d’information comportementale les plus documentées.
Les microexpressions s’expriment de manière inconsciente et laissent entrevoir une véritable émotion que nous ne souhaitons pas montrer aux autres. Dans notre jargon, nous appelons cela une « fuite faciale ». Le cerveau laisse échapper l’information, ne pouvant la contenir plus longtemps. Il faut le savoir : notre cerveau sait quand nous jouons la comédie et peut, à tout moment, faire quelques aveux au niveau de notre visage. Cependant, cela est loin d’être automatique. Il n’est pas rare que rien ne s’affiche, tant au niveau des expressions faciales que du corps. Du moins, si la durée de la conversation n’est pas trop longue…
Les émotions ont appris à l’humanité à raisonner.
Marquis De Vauvenargues
Notre visage comme mémoire émotionnelle : ce que nos traits révèlent sur notre vécu
Notre visage est le reflet de tant de choses. Il raconte notre histoire, notre vécu. Il relate qui nous sommes et ce que nous ressentons. Si nous prenons le temps de bien regarder une personne, nous y verrons sûrement quelques traits de caractère, ses douleurs, ses joies, ses inquiétudes et ses émotions… Souvent notre visage garde l’empreinte de ce qui nous a marqués émotionnellement.
Ce visage que nous fardons, que nous lissons ou que nous transformons, retrace en quelque sorte, le parcours de notre vie. Les rides et ridules sont, certes, un effet du temps qui passe, mais elles peuvent aussi être l’expression de ce qui nous a marqués émotionnellement.
Reconnaître l’expression qui se dessine sur un visage est pertinent à bien des égards. Pas seulement pour savoir si les émotions exprimées sont sincères ou feintes, mais avant tout pour comprendre les autres et leur offrir un échange qui soit le plus approprié possible et améliorer ainsi toutes nos interactions sociales.
Les muscles du visage, activés par des émotions répétées (par exemple, froncement de sourcils dans la colère ou contraction autour des yeux dans la joie), peuvent entraîner des « habitudes musculaires » qui influencent la manière dont notre visage se repose. Certaines rides ou traits marqués peuvent être associés à des émotions récurrentes (par exemple, des rides de froncement dues au stress ou à l’anxiété), mais cela reste partiellement spéculatif car nous devons garder en tête que le vieillissement cutané est principalement influencé par des facteurs biologiques (génétique, environnement, exposition au soleil) et non exclusivement par les émotions.
Certaines études en psychologie sociale montrent que les gens associent quelques caractéristiques faciales à des traits de personnalité (par exemple, un regard « dur » peut être perçu comme un signe de sévérité). Cependant, ces associations reposent souvent sur des stéréotypes et ne sont pas des indicateurs fiables de l’histoire personnelle d’une personne.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est que regarder attentivement un visage, avec la bonne observation, permet de percevoir des choses que la simple conversation ne livre pas.
Lire les expressions faciales : pourquoi cette compétence change la qualité de vos interactions
Reconnaître les expressions faciales est utile bien au-delà de la détection du mensonge. C’est avant tout un outil de compréhension de l’autre. Savoir lire si quelqu’un ressent de la gêne, de la peur ou du mépris dans une interaction, même lorsque ses mots disent autre chose, permet d’ajuster sa réponse, de désamorcer une tension naissante, ou au contraire de valider un accord réel plutôt qu’apparent.
La joie et la tristesse sont facilement reconnues par la quasi-totalité des observateurs. Les cinq autres émotions universelles demandent un entraînement spécifique. La peur et la surprise partagent des caractéristiques musculaires proches qui les rendent facilement confondables. Le mépris, souvent asymétrique et fugace, est l’une des plus difficiles à détecter, mais aussi l’une des plus importantes à repérer dans un contexte professionnel.
C’est une compétence qui s’acquiert, s’entraîne, et change durablement la façon dont nous lisons les situations humaines. Cela n’est pas une recette, c’est une grille d’observation.
Le visage est un système d’information complexe, en partie conscient et en partie involontaire. Les sept émotions universelles en sont la grammaire de base. Les microexpressions peuvent être des indices plus révélateurs, précisément parce qu’ils échappent au contrôle de celui qui les produit.
Apprendre à lire les expressions faciales, ce n’est pas apprendre à traquer le mensonge ou à démasquer les gens. C’est développer une qualité d’attention qui améliore toutes les interactions, professionnelles et personnelles. Comprendre ce que ressent réellement l’autre, c’est lui offrir une réponse plus juste.
Alors, regardez attentivement le visage qui est en face de vous. Que ce soit celui de quelqu’un ou que ce soit votre propre reflet dans le miroir. Regardez-le et écoutez-le vous raconter son histoire…
Tout comme les enfants, les émotions guérissent lorsqu’elles sont entendues et acceptées !
Jill Bolte Taylor
Décryptage du non-verbal : lire les comportements là où les mots ne suffisent plus
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