Beaucoup de gens s’intéressent aux tueurs et cela s’explique, en grande partie, par l’exposition médiatique qui leur est offerte ! Il existe une certaine fascination pour le macabre et la peur que cela suscite. Et c’est un intérêt pour lequel la presse, la télévision, la radio, le cinéma et les plateformes de streaming, capitalisent volontiers.
Mais qu’est-ce qui alimente vraiment cette fascination pour les criminels ? Est-ce une simple curiosité morbide ? Un besoin de comprendre ce qui nous échappe ? Ou quelque chose de plus structurel, qui touche à la façon dont nous traitons collectivement la peur, la violence et la mort ?
Le thème du crime ne lasse pas et il y a plusieurs raisons à cela…
Déshumaniser les tueurs : un mécanisme de protection collective
Le fait de déshumaniser les criminels, notamment les tueurs en série, en les nommant par d’autres qualificatifs que leurs vrais noms (« Le monstre du Pont-Rouge », « Le vampire de Düsseldorf », « L’Ogre de Santa Cruz »), rassure les populations.
Ce processus de déshumanisation remplit cette fonction psychologique précise en signifiant que l’acte commis ne peut être l’oeuvre d’un être humain ordinaire.
L’agression ou le crime brutal qui a été commis ne peut être que l’acte d’un fou, d’un monstre ou du diable en lui-même. L’individu ne peut pas être quelqu’un de normal, évoluant dans la même société que nous. Cependant, à maintes reprises, des tueurs froids, violents et sans affect, se sont pourtant avérés être des gens ordinaires, de bons employés, de gentils voisins ou des pères de famille.
Les médias alimentent cette déshumanisation délibérément, parce qu’elle fonctionne : elle provoque l’émotion, la crainte et la curiosité. Trois ingrédients qui font de l’audience.
La fascination pour les criminels : psychologie d’un attrait universel
L’intérêt porté aux criminels n’est pas vraiment nouveau. Les gens ne veulent pas regarder une histoire sordide mais pour autant, ils n’arrivent pas à détourner le regard. Beaucoup aiment ressentir la peur, mais c’est une peur contrôlée où ils commencent à découvrir une histoire criminelle dans un média quand ils veulent et l’arrêtent quand bon leur semble. Et à la fin de ce récit, ou plus tard, la pression retombe et chacun retrouve sa sécurité intérieure.
La fascination des tueurs, notamment des tueurs en série, se pose surtout sur le côté « insondable » de ces individus, mais repose également sur quelque chose de fondamentalement humain : le besoin de comprendre ce qui nous échappe.
De manière générale, l’être humain a besoin du donner du sens au monde dans lequel il vit. Mais les criminels échappent à cette compréhension tant leurs motivations semblent souvent floues.
Ainsi, regarder des documentaires, des séries ou des films sur les histoires criminelles, permet de mieux gérer la peur et d’activer une sorte de « contrôle » sur la crainte que le sujet suscite. Après avoir « déshumanisé » ces monstres sanguinaires, le fait de mieux connaître leur vie les « humanisent » à nouveau.
Ces femmes qui aiment les tueurs en série
Un phénomène comportemental déconcertant analysé sous l’angle criminologique : qu’est-ce qui explique l’attraction de certaines femmes pour des profils criminels parmi les plus dangereux ?
Crimes et célébrité : quand les médias fabriquent des icônes criminelles
Commettre des crimes mène-t-il à la célébrité ? D’une certaine façon, oui !
De plus en plus d’émissions et de documentaires racontent le parcours de certains tueurs. Le criminel a bien sûr une place centrale dans le récit et les réalisateurs vont créer un lien émotionnel entre le tueur et les spectateurs.
Mais cette connexion émotionnelle pose problème : où se situe la frontière entre « informer le public » sur le parcours criminel d’un tueur et « encenser » ce dernier et finalement faire de lui une victime collatérale du système ?
Certains tueurs ou autres individus violents visent l’attention des médias et des réseaux sociaux car ils savent que la tragédie qu’ils vont provoquer va générer de nombreuses émotions.
La question de la responsabilité éditoriale se pose ici avec insistance. Ne pas publier les noms, les photos ou les vidéos des auteurs de massacres de masse, comme certains pays ont commencé à le faire, c’est refuser de leur donner l’attention que les tueurs peuvent parfois rechercher.
Tout cela, au détriment des vraies victimes.
Le profilage criminel dans les médias : entre réalité et distorsion
Si les médias parlent des tueurs, ils abordent également le thème du profilage criminel.
D’un côté, nous avons la criminalistique qui a su évoluer de manière incroyable ces dernières années (ADN, sang, armes, etc…)
De l’autre, nous avons le profilage criminel qui a su, lui aussi, se développer afin de dresser le profil d’un tueur.
Bien que les progrès soient réels dans le profilage criminel, les médias, notamment le cinéma et la télévision, ont été amenés à exagérer l’efficacité et les capacités de cette discipline. Les résultats obtenus avec le profilage sont surestimés. Ce que les gens voient à la télé, au cinéma ou dans les documentaires, n’est pas nécessairement représentatif de ce qui fonctionne dans les enquêtes criminelles réelles.
La perception du public sur le profilage criminel est donc fondée sur ce qu’il a pu lire ou voir dans les médias, ce qui véhicule beaucoup d’idées préconçues sur le sujet. À ce jour, il y a très peu d’études qui ont pu tester l’efficacité des méthodes du profilage. Et celles qui existent montrent des résultats contrastés, bien loin de l’image d’infaillibilité véhiculée par certaines séries.
Ce que cette fascination révèle de notre rapport collectif à la violence
La fascination médiatique pour les criminels n’est pas une anomalie. Elle est le reflet de quelque chose de profondément humain : le besoin de comprendre ce qui nous fait peur, de donner du sens à ce qui n’en a pas, de regarder le pire sans en subir les conséquences. Les médias n’ont pas créé cette fascination : ils l’ont amplifiée, organisée et monétisée.
Ce qui est frappant, c’est que la psychologie du crime reste assez mal comprise hors du cadre académique. Les représentations médiatiques occupent ce vide, avec tous les raccourcis et les distorsions que cela implique.
Ainsi, comprendre les mécanismes réels du comportement criminel, c’est aussi comprendre pourquoi ils nous fascinent autant.
Et c’est, peut-être, le premier pas à faire pour ne plus se laisser manipuler par les récits que l’on nous en fait.
Afin de conclure cet article, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Ugo Maillard, journaliste pour « Le monde de la sécurité » qui souhaitait justement réaliser un entretien sur le sujet des criminels dans les médias. Pour le lire dans son intégralité, cliquez sur l’image ci-dessous.
À bientôt.
Un entretien sur scène ou en studio avec Sylvia Bréger
Sylvia Bréger répond en direct aux questions de votre animateur sur les comportements humains, la psychologie criminelle, la manipulation et les enjeux de votre secteur. Un format hybride entre conférence et interview.
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